Une option est un contrat qui donne le droit — mais pas l'obligation — d'acheter ou de vendre un actif à un prix fixé d'avance, jusqu'à une date précise. Ce prix fixé s'appelle le strike, et la date limite s'appelle l'échéance.
Pour un investisseur long terme, les options ne sont pas des outils de spéculation. Elles servent à deux choses concrètes : générer un revenu supplémentaire sur des positions déjà détenues, ou protéger un portefeuille contre une correction.
L'asymétrie acheteur / vendeur
La meilleure façon de comprendre les options est l'analogie avec une assurance.
L'acheteur d'option paie une prime pour obtenir une protection ou un droit. Si rien ne se passe, il perd sa prime — comme une prime d'assurance non utilisée. Si l'événement se produit, il bénéficie du contrat. Son risque est limité à la prime payée.
Le vendeur d'option encaisse la prime immédiatement. Si rien ne se passe, il garde l'argent. Mais si l'événement se produit, il doit honorer le contrat — ce qui peut lui coûter beaucoup plus que la prime reçue.
Pour un investisseur long terme, le rôle le plus pertinent est celui du vendeur — encaisser des primes régulières sur des actifs déjà détenus ou sur des actifs qu'on souhaite acheter.
Les deux types d'options
Option Call : donne le droit d'acheter un actif à un prix fixé. L'acheteur d'un Call parie sur une hausse. Le vendeur d'un Call s'engage à vendre si le prix est atteint.
Option Put : donne le droit de vendre un actif à un prix fixé. L'acheteur d'un Put parie sur une baisse — ou se protège contre une baisse. Le vendeur d'un Put s'engage à acheter si le prix descend jusqu'au strike.
Les trois Greeks essentiels
Les Greeks mesurent la sensibilité du prix d'une option à différents facteurs. Trois suffisent pour un investisseur long terme.
Delta (Δ) : mesure combien l'option gagne ou perd pour chaque euro de mouvement de l'actif. Un Delta de 0,30 signifie que l'option se comporte comme si tu détenais 30 % d'une action — si l'action monte de 10 €, l'option gagne 3 €. C'est aussi, approximativement, la probabilité que l'option finisse en ta faveur à l'échéance : un Delta de 0,30 = 30 % de chances d'être exercée.
Theta (Θ) : le sablier. Chaque jour qui passe, l'option perd de la valeur — même si l'actif ne bouge pas. Un Theta de −0,05 signifie −0,05 € par action par jour. Sur un contrat standard de 100 actions, c'est −5 € perdus chaque matin au réveil, quelle que soit la valeur de l'action. Le Theta joue contre l'acheteur (qui paie ce "loyer" chaque jour) et en faveur du vendeur (qui l'encaisse).
Vega (ν) : la nervosité du marché. Quand la peur monte — avant des résultats, une élection, une décision de banque centrale — les options deviennent plus chères, même sans mouvement de l'actif. Le Vega joue en faveur de l'acheteur de protection (son Put prend de la valeur), et contre le vendeur.
La valeur d'une option
Le prix d'une option (la prime) se décompose en deux parties :
Valeur intrinsèque : le profit déjà acquis. Si tu as un Call de strike 100 € et que l'action est à 110 €, la valeur intrinsèque est de 10 €. Une option OTM a une valeur intrinsèque nulle.
Valeur extrinsèque : la valeur du temps et de l'incertitude. Elle dépend du temps restant avant l'échéance (Theta) et de la volatilité implicite (Vega). Plus l'échéance est lointaine et plus le marché est nerveux, plus cette partie est élevée.
À l'échéance, la valeur extrinsèque tombe à zéro. Seule la valeur intrinsèque subsiste.
La moneyness : comprendre où se situe une option
La moneyness décrit la relation entre le prix actuel de l'actif et le strike de l'option — à un instant T. Ce n'est pas figé au moment de l'achat : elle change en permanence avec le cours de l'actif. Une option achetée OTM peut devenir ITM si l'actif monte suffisamment, et inversement.
Exemple avec un Call de strike 100 € :
| Terme | Prix de l'actif | Situation | Valeur réelle |
|---|---|---|---|
| ITM — In The Money | 110 € | L'actif dépasse le strike | 10 € (profit déjà acquis) |
| ATM — At The Money | 100 € | L'actif est au niveau du strike | 0 € (valeur = temps restant) |
| OTM — Out of The Money | 90 € | L'actif est sous le strike | 0 € (valeur = espoir uniquement) |
Ce que ça implique en pratique pour le Covered Call : on vend toujours un Call OTM — avec un strike au-dessus du cours actuel. Si l'action dépasse le strike avant l'échéance, le Call devient ITM et sera probablement exercé — tu seras forcé de vendre tes actions au strike, même si l'action vaut plus. Si tu veux vendre un nouveau Covered Call après une forte hausse, tu choisis un nouveau strike OTM au-dessus du nouveau cours. On ne vend jamais un Call dont le strike est déjà dépassé — ce serait accepter de vendre en dessous du prix du marché.
Le Covered Call : générer un revenu sur ses positions
Le Covered Call est la stratégie la plus simple et la plus utilisée par les investisseurs long terme. Elle consiste à vendre un Call sur une action qu'on détient déjà.
Logique : tu acceptes de vendre tes actions à un prix plus élevé que le cours actuel (le strike), en échange d'une prime immédiate. Si l'action n'atteint pas ce prix, tu gardes les actions et la prime. Si elle dépasse le strike, tu vends — mais tu avais quand même encaissé la prime.
Exemple sur Apple à 200 € (100 actions, soit 20 000 € de position) :
- Strike choisi : 220 € (+10 % au-dessus du cours)
- Échéance : 30 jours
- Prime encaissée : environ 150 € (0,75 % de la position)
| Scénario à l'échéance | Cours Apple | Résultat |
|---|---|---|
| Apple stagne ou monte modérément | 215 € | Tu gardes tes 100 actions + 150 € de prime. Rendement : +0,75 % sur le mois. |
| Apple explose au-dessus du strike | 240 € | Tu vends à 220 € + 150 € de prime = 22 150 €. Tu "manques" la hausse entre 220 € et 240 €. |
Break-even : c'est le prix en dessous duquel tu commences à perdre malgré la prime encaissée. Il se calcule ainsi : Prix d'achat de l'action − Prime par action = 200 € − 1,50 € = 198,50 €. Tant que l'action reste au-dessus de ce niveau, tu es rentable.
Le Covered Call est adapté quand tu penses que l'action va rester stable ou monter légèrement. Il améliore le rendement de positions "dormantes" mais plafonne le gain en cas de forte hausse.
Point pratique important : tant que le Covered Call est ouvert, tes actions sont bloquées en collatéral chez le broker. Tu ne peux pas les vendre librement. Si tu veux sortir avant l'échéance, tu dois d'abord racheter le Call sur le marché pour clôturer la position.
Le coût de ce rachat dépend de la situation :
- Si l'action a monté : le Call a pris de la valeur — le rachat est coûteux et réduit ton profit.
- Si l'action a chuté : le Call a perdu de la valeur — tu peux le racheter pour une fraction de la prime encaissée, puis vendre tes actions. La prime initiale a partiellement amorti ta perte.
Le Put de protection : assurer son portefeuille
Un Put de protection (Protective Put) consiste à acheter un Put sur une position que tu détiens, pour te protéger contre une baisse significative. C'est littéralement une assurance.
Logique : tu paies une prime pour avoir le droit de vendre tes actions à un prix plancher, même si le marché s'effondre. Si la correction n'arrive pas, tu perds la prime. Si elle arrive, tu es protégé.
Exemple sur Apple à 200 € (100 actions, soit 20 000 €) :
- Put de strike 180 € (−10 % de plancher)
- Prime payée : 80 € pour 30 jours
| Scénario à l'échéance | Cours Apple | Résultat |
|---|---|---|
| Correction modérée | 190 € | Put non exercé — l'action est encore au-dessus du strike de 180 €. Perte sur les actions : −1 000 €. Coût de l'assurance : 80 €. |
| Forte correction | 150 € | Tu exerces le Put et vends à 180 €. Perte limitée à −2 080 € au lieu de −5 000 €. L'assurance a fonctionné. |
| Pas de correction | 210 € | Put expiré à 0. Tu as payé 80 € pour une protection inutilisée — comme une assurance habitation l'année sans sinistre. |
Le coût de la protection dépend du niveau de strike (plus près du cours = plus cher), de l'échéance (plus longue = plus chère), et de la volatilité implicite (plus le marché est calme, moins la protection coûte).
Quand l'utiliser ? Avant un événement macro incertain (résultats, élection, décision de banque centrale), ou quand tu veux maintenir une position long terme mais limiter ton risque à court terme sans vendre.
Ce que l'investisseur long terme doit retenir
Les options permettent deux choses pratiques sans changer la stratégie de fond : générer un revenu mensuel régulier sur des positions déjà en portefeuille via le Covered Call, ou s'assurer contre une correction temporaire via le Put de protection.
Elles deviennent dangereuses quand on passe du côté acheteur en spéculant sur une direction — le Theta travaille contre toi chaque jour. La logique de l'investisseur long terme dans les options est celle du vendeur : encaisser des primes régulières sur des actifs qu'on connaît bien, pas courir après des gains asymétriques sur des actifs qu'on ne maîtrise pas.