PédagogieIntermédiaire

EV/EBITDA et ROIC — aller plus loin en analyse fondamentale

Deux indicateurs que les screeners affichent rarement bien expliqués. Comment les lire, les comparer, et les combiner pour évaluer la qualité réelle d'une entreprise.

17 mars 2026·6 min de lecture
analyse fondamentalevalorisationROICEV/EBITDA

Le per reste l'indicateur le plus cité dans les médias financiers. Pourtant, deux autres métriques donnent une image bien plus précise de la qualité d'une entreprise : l'EV/EBITDA et le ROIC — Return on Invested Capital.

EV/EBITDA — ce que le PER ne voit pas

Le PER compare le prix de l'action au bénéfice net. Problème : le bénéfice net est une ligne comptable sensible à la structure financière, aux impôts et aux amortissements. Deux entreprises identiques sur le plan opérationnel peuvent afficher des PER très différents si l'une est endettée et l'autre non.

L'EV/EBITDA corrige ça en travaillant au niveau de l'entreprise entière :

  • EV (Enterprise Value) = capitalisation boursière + dette nette. C'est le prix réel d'acquisition.
  • EBITDA = résultat avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement. C'est le flux opérationnel brut.

Le ratio mesure donc combien d'années de cash opérationnel tu paies pour acquérir l'entreprise. Un EV/EBITDA de 12x signifie : à ce rythme de génération, tu récupères ta mise en 12 ans.

Lecture comparative

SecteurEV/EBITDA médian (approximatif)
Technologie20–35x
Industriel10–15x
Grande consommation12–18x
Énergie6–10x

Un EV/EBITDA isolé ne veut rien dire. Il prend son sens face au secteur, aux comparables directs, et à l'historique de l'entreprise elle-même.

ROIC — la vraie question sur la qualité

Le ROIC — Return on Invested Capital répond à une question simple : quand l'entreprise réinvestit 100 € dans son activité, combien ça rapporte ?

ROIC = NOPAT / Capital investi
  • NOPAT = résultat opérationnel après impôts (bénéfice d'exploitation net de fiscalité)
  • Capital investi = fonds propres + dette financière nette

Pourquoi c'est l'indicateur de qualité par excellence

Un ROIC élevé révèle que l'entreprise possède un Moat (avantage concurrentiel) : elle peut déployer du capital dans son activité à des rendements supérieurs à son coût. C'est la marque des compounder — ces entreprises qui créent de la valeur durablement.

La règle simple : ROIC > WACC = création de valeur. ROIC < WACC = destruction de valeur.

Un ROIC de 25% avec un coût du capital à 9% — comme ASML depuis plusieurs années — signifie que chaque euro réinvesti génère une rentabilité bien au-dessus du minimum exigé par les apporteurs de capitaux.

Combiner les deux

EV/EBITDA et ROIC se lisent ensemble :

ProfilEV/EBITDAROICInterprétation
Compounder de qualitéÉlevéÉlevéPrime justifiée si la croissance se maintient
Valeur décotéeBasÉlevéOpportunité potentielle — chercher pourquoi
Trappe à valeurBasBasPas cher, mais pour une bonne raison
BulleÉlevéBasÀ éviter

Le scénario idéal : un ROIC structurellement élevé (15%+) avec un EV/EBITDA raisonnable par rapport au secteur. C'est rare. Quand ça se présente, ça mérite attention.

Une limite à garder en tête

L'EBITDA exclut les amortissements. Pour les entreprises capital-intensives (semi-conducteurs, télécom, ferroviaire), les amortissements sont de vraies dépenses économiques, pas un artefact comptable. Dans ces cas, l'EV/EBIT ou l'EV/Free Cash Flow donnent une image plus honnête.


← Retour au blog