EV/EBITDA et ROIC : le prix et la qualité
L'EV/EBITDA dit à quel prix je paie une entreprise, le ROIC dit ce qu'elle vaut vraiment. Comment je lis chacun, et surtout comment je les croise.
Le PER reste l'indicateur de valorisation le plus cité dans les médias financiers. Pourtant, pour juger ce que je paie vraiment, je lui préfère l'EV/EBITDA. Et pour juger la qualité de ce que j'achète, le ROIC — Return on Invested Capital.
EV/EBITDA, ce que le PER ne voit pas
Le PER compare le prix de l'action au bénéfice net. Problème : le bénéfice net est une ligne comptable sensible à la structure financière, aux impôts et aux amortissements. Deux entreprises identiques sur le plan opérationnel peuvent afficher des PER très différents si l'une est endettée et l'autre non.
L'EV/EBITDA corrige ça en travaillant au niveau de l'entreprise entière :
- EV (Enterprise Value) = capitalisation boursière + dette nette. C'est le prix réel d'acquisition.
- EBITDA = résultat avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement. C'est le flux opérationnel brut.
Le ratio mesure donc combien d'années de cash opérationnel je paie pour acquérir l'entreprise. Un EV/EBITDA de 12x signifie qu'à ce rythme de génération, je récupère ma mise en 12 ans.
Lecture comparative
| Secteur | EV/EBITDA médian (approximatif) |
|---|---|
| Technologie | 20 à 35x |
| Industriel | 10 à 15x |
| Grande consommation | 12 à 18x |
| Énergie | 6 à 10x |
Un EV/EBITDA isolé ne veut rien dire. Il prend son sens face au secteur, aux comparables directs, et à l'historique de l'entreprise elle-même.
Le prix ne suffit pas : la qualité
L'EV/EBITDA me dit à quel prix je paie l'entreprise. Il ne me dit rien de sa qualité. Pour ça, je regarde le ROIC — Return on Invested Capital, la rentabilité du capital investi : quand l'entreprise réinvestit 100 € dans son activité, combien lui rapportent-ils ? Un ROIC durablement supérieur au coût du capital est la marque d'un Moat (avantage concurrentiel), ces entreprises qui composent de la valeur année après année.
Je détaille le calcul du ROIC, mon seuil et la règle de la dette nette plancher à zéro dans une réflexion dédiée. Ici, ce qui m'intéresse, c'est de le croiser avec l'EV/EBITDA.
Combiner les deux
EV/EBITDA et ROIC se lisent ensemble :
| Profil | EV/EBITDA | ROIC | Interprétation |
|---|---|---|---|
| Compounder de qualité | Élevé | Élevé | Prime justifiée si la croissance se maintient |
| Valeur décotée | Bas | Élevé | Opportunité potentielle, je cherche pourquoi |
| Trappe à valeur | Bas | Bas | Pas cher, mais pour une bonne raison |
| Bulle | Élevé | Bas | À éviter |
Le scénario que je cherche : un ROIC structurellement élevé (15 % et plus) avec un EV/EBITDA raisonnable par rapport au secteur. C'est rare. Quand ça se présente, ça mérite que je m'y attarde.
Une limite à garder en tête
L'EBITDA exclut les amortissements. Pour les entreprises capital-intensives (semi-conducteurs, télécom, ferroviaire), les amortissements sont de vraies dépenses économiques, pas un artefact comptable. Dans ces cas, l'EV/EBIT ou l'EV/Free Cash Flow donnent une image plus honnête.
À lire aussi
ROIC : pourquoi je me méfie du ROE
Le ROE flatte les entreprises endettées. Le ROIC regarde la rentabilité du capital, dette comprise. Pourquoi je ne descends pas sous 12 %, et pourquoi je plafonne la dette nette à zéro.
ROIC avancé : les 3 variantes et la lecture croisée avec l'EV/EBITDA
Une fois le ROIC, le WACC et le spread acquis comme filtres, deux raffinements pour départager les dossiers : les trois façons de calculer le ROIC, et la lecture du spread à travers l'EV/EBITDA.
Le Free Cash Flow Yield : la boussole de valorisation que le PER ne donne pas
Le PER s'appuie sur des bénéfices comptables. Le FCF Yield s'appuie sur du cash. Pour les entreprises capital-intensives, la différence peut être considérable.
← Retour aux Réflexions