WACC : le ROIC ne veut rien dire sans son coût
Un ROIC de 20 % peut être nul si le capital coûte 18 %. Comment je construis mon coût du capital à partir du taux sans risque et de la prime de risque par pays.
Un ROIC — Return on Invested Capital de 20 %, est-ce beaucoup ? Impossible à dire tant que je ne sais pas ce que coûte l'argent qui l'a produit. C'est tout le rôle du WACC — Coût Moyen Pondéré du Capital.
Le problème que le WACC résout
Une rentabilité ne se juge jamais dans l'absolu, seulement face à son coût. Si une entreprise dégage 20 % de rentabilité mais que ses apporteurs de capitaux, actionnaires et créanciers, exigent 18 %, elle ne crée presque rien. À l'inverse, 12 % de rentabilité quand le capital coûte 7 % est une vraie réussite. Sans point de comparaison, le ROIC est un chiffre suspendu dans le vide.
Le WACC, le coût moyen pondéré du capital, est ce point de comparaison. C'est le rendement minimum que l'entreprise doit produire pour satisfaire ceux qui la financent.
Comment je le construis
Je le garde volontairement simple, en deux briques.
La première est le taux sans risque. Je prends l'obligation d'État à 10 ans de la zone concernée : le Bund (obligation d'État allemande) allemand pour une entreprise qui publie en euros, le Treasury américain à 10 ans pour une entreprise en dollars. C'est le rendement qu'un investisseur obtient sans prendre de risque actions.
La seconde est la prime de risque actions. C'est le supplément de rendement exigé pour accepter le risque d'une action plutôt qu'une obligation d'État. J'utilise les primes par pays publiées par Aswath Damodaran, une référence académique mise à jour régulièrement, qui intègre le risque propre à chaque pays.
Un exemple. Pour une entreprise en dollars, avec un Treasury 10 ans à 4,3 % et une prime de risque États-Unis à 4,5 %, mon coût du capital de référence ressort à 8,8 %. Pour une entreprise située dans un pays à prime plus élevée, je peux monter à 9 ou 10 %. Le ROIC devra battre ce chiffre pour que je parle de création de valeur.
Pourquoi cette méthode
Ancrer le coût du capital sur les taux réels du moment, et non sur une valeur fixe sortie d'un manuel, me permet de rester cohérent avec l'environnement. Quand les taux montent, mon exigence monte avec eux, automatiquement. Une entreprise qui créait de la valeur à taux zéro peut en détruire à taux élevés sans que rien n'ait changé dans son métier. Mon WACC capte ce basculement.
La limite à garder en tête
C'est un proxy, pas un instrument de précision. Je ne pondère pas finement la part de dette et la part de fonds propres, je n'applique pas de bêta entreprise par entreprise. J'assume cette simplification : une fausse précision au troisième chiffre après la virgule ne ferait qu'habiller d'une illusion de rigueur une hypothèse qui reste une hypothèse. Ce que je veux, c'est un seuil honnête et comparable d'une analyse à l'autre. Le vrai sujet n'est d'ailleurs pas le WACC seul, mais l'écart entre le ROIC et lui. C'est ce que je creuse ensuite avec le Spread (écart achat/vente).
À lire aussi
ROIC : pourquoi je me méfie du ROE
Le ROE flatte les entreprises endettées. Le ROIC regarde la rentabilité du capital, dette comprise. Pourquoi je ne descends pas sous 12 %, et pourquoi je plafonne la dette nette à zéro.
Spread ROIC-WACC : ma meilleure approximation du moat
Un pic de rentabilité ne fait pas un moat. Pourquoi j'exige un écart ROIC-WACC supérieur à 5 points, tenu au moins quatre années sur cinq.
ROIC avancé : les 3 variantes et la lecture croisée avec l'EV/EBITDA
Une fois le ROIC, le WACC et le spread acquis comme filtres, deux raffinements pour départager les dossiers : les trois façons de calculer le ROIC, et la lecture du spread à travers l'EV/EBITDA.
← Retour aux Réflexions