Iberdrola
IBE.MCÉnergie · Europe · PEA

Horizon : 5 ans · 40 min de lecture · Analyse du 25 juin 2026— analyse ponctuelle, non mise à jour
Présentation
Iberdrola est le premier électricien d'Europe continentale par la capitalisation (environ 146 Md€) et l'un des plus grands au monde. Né en 1992 de la fusion d'Iberduero et d'Hidroeléctrica Española, le groupe basé à Bilbao emploie environ 42 000 personnes, opère 58 GW de capacité installée et a réalisé en 2025 un chiffre d'affaires de 44,1 Md€ pour un résultat net publié de 6 285 M€, en hausse de 12 %. C'est, avant tout, un exploitant de réseaux électriques régulés doublé d'un producteur d'énergie renouvelable.
Le modèle tient en une phrase : Iberdrola investit massivement dans des actifs régulés (réseaux de distribution et de transport) sur lesquels un régulateur lui garantit un rendement, puis complète cette rente par de la production renouvelable vendue à long terme. L'argent rentre par deux canaux : une rémunération régulée stable et croissante sur une base d'actifs (la RAB, 51 Md€ fin 2025, en hausse de 12 % sur un an), et la vente d'électricité sous contrats de long terme (PPA, contrats pour différence) qui sécurisent les prix.
Le groupe reporte autour de quatre pôles. Les Réseaux régulés (Espagne, ScottishPower au Royaume-Uni, Avangrid aux États-Unis, Neoenergia au Brésil) en sont le cœur : 20,9 Md€ de chiffre d'affaires et surtout 5,6 Md€ de résultat opérationnel, soit 54 % de l'EBIT du groupe. Les Renouvelables (éolien terrestre, offshore, solaire, hydraulique) ajoutent 10,3 Md€ de revenus et 2,8 Md€ d'EBIT. La Production et commercialisation (fourniture aux clients, thermique de flexibilité) affiche un chiffre d'affaires élevé (22,1 Md€) mais à faible valeur ajoutée, et une ligne Corporate négative regroupe les éliminations intersegments.
CA par segment sur 5 ans (M€)
Réseaux régulés - le socle de la rente
Avec 54 % de l'EBIT groupe, les réseaux sont le moteur et la signature d'Iberdrola. Ce sont des monopoles naturels locaux : transporter et distribuer l'électricité d'une zone donnée est confié à un seul opérateur, sous licence ou concession, avec une rémunération fixée par le régulateur sur la base d'actifs investis. Plus Iberdrola investit dans le réseau (la RAB grossit), plus la rente grossit mécaniquement. En 2025, l'EBITDA des réseaux a bondi de 21 %, porté par la hausse de la RAB, la consolidation pleine d'Electricity North West (distribution britannique, à partir de mars) et des ajustements tarifaires favorables aux États-Unis et au Brésil. Le transport, désormais un quart de la RAB, est le nouveau relais : la décision finale du régulateur britannique (RIIO-T3) accorde à ScottishPower une enveloppe d'environ 14 Md€.
Renouvelables - la croissance contractée
Iberdrola fut un pionnier de l'éolien et reste un des leaders mondiaux. Le pôle vend l'essentiel de sa production sous contrats longs (PPA, contrats pour différence), ce qui amortit la volatilité des prix de gros : environ 100 % de la production 2026 est déjà vendue, plus de 80 % de celle de 2027. La production renouvelable a progressé de 5,9 % en 2025, l'offshore de 39 %. C'est la jambe de croissance, mais aussi la plus exposée à l'exécution : le groupe a passé 464 M€ de dépréciations non-cash sur son pipeline en 2025, rappel que tout mégawatt projeté n'est pas un mégawatt rentable.
Production et commercialisation - le volume sans la rente
Ce pôle fournit l'électricité aux clients finaux et exploite la génération thermique de flexibilité. Son chiffre d'affaires est gros (22,1 Md€) parce qu'il facture des volumes d'énergie, mais sa valeur ajoutée est mince : la commercialisation est concurrentielle, et son EBITDA recule de 10 % en 2025 (coûts des services système en Ibérie, prix plus bas). Comme chez Engie, le chiffre d'affaires de ce pôle gonfle le total sans porter la valeur : celle-ci est dans l'EBIT des réseaux et des renouvelables.
La répartition géographique illustre un groupe authentiquement international : l'Espagne pèse environ 36 % du chiffre d'affaires, mais le Brésil (20 %), les États-Unis (19 %) et le Royaume-Uni (16 %) forment ensemble la majorité. Le détail figure plus bas dans la fiche.
Répartition géographique du CA
Moat - une rente régulée large, enrobée d'activités sans barrière
Type de moat identifié : actifs intangibles régulés (licences et concessions de réseaux) et avantage d'échelle sur le coût du capital. Le moat n'est pas la marque verte ni la taille en soi : il est dans la nature régulée et monopolistique des réseaux.
Les piliers de l'avantage concurrentiel
Pilier 1 - le monopole régulé des réseaux. Transporter et distribuer l'électricité d'un territoire est une activité de monopole naturel, attribuée à un opérateur unique sous concession. Personne ne construit un réseau concurrent. Le régulateur garantit un rendement sur la base d'actifs, ce qui transforme chaque euro investi en rente pluriannuelle. C'est une barrière à l'entrée quasi absolue, et c'est structurel, pas conjoncturel : la RAB de 51 Md€ ne se réplique pas.
Pilier 2 - l'échelle et le coût du capital. Une utility de croissance est d'abord une machine à financer du capex. La taille d'Iberdrola, sa notation A et sa diversification lui donnent un accès au capital moins cher que la plupart de ses pairs (73 % de la dette à taux fixe, maturité moyenne supérieure à six ans), ce qui est un avantage de coût décisif quand on investit 14 à 17 Md€ par an. Son pipeline renouvelable mondial est l'un des plus profonds du secteur.
Pilier 3 - la diversification régulée. Quatre cadres régulés dans quatre pays notés A (Espagne, Royaume-Uni, États-Unis, Brésil) lissent le risque politique et réglementaire : une révision défavorable dans une géographie est amortie par les autres. 85 % de l'EBITDA provient de pays A-rated.
Ce qui n'est pas un moat. La commercialisation au client final est concurrentielle, à marges minces et sans barrière : ce n'est pas un avantage durable. La génération merchant (hors contrats) est exposée au prix de marché, donc cyclique. Et la « marque verte » n'est pas un fossé : être un leader des renouvelables n'empêche aucun concurrent de construire les siens. La rente est dans le réseau régulé, pas dans le reste.
Intensité estimée : wide sur le cœur réseaux régulés (54 % de l'EBIT, barrière réglementaire quasi infranchissable), narrow en périphérie (renouvelables exposés à l'exécution et au prix, supply concurrentielle). Globalement un moat large, mais tiré par une seule jambe et adossé à un risque réglementaire qui est aussi sa raison d'être.
Management
Ignacio Sánchez Galán, président exécutif. Aux commandes depuis 2001, Galán est l'architecte de la transformation d'Iberdrola : il a fait d'un électricien espagnol classique le leader mondial des réseaux et des renouvelables, avec un rendement total pour l'actionnaire supérieur à 1 800 % sur la période (dividendes réinvestis). C'est l'un des grands allocateurs de capital du secteur, à la stratégie remarquablement constante : investir dans le régulé et le contracté, éviter le merchant pur, tourner les actifs matures pour financer la croissance.
Armando Martínez, directeur général. La gouvernance évolue : un directeur général opérationnel a été nommé en 2025 pendant que Galán reste président exécutif. La transition est progressive et organisée, mais la succession ultime de Galán reste le principal point d'interrogation de gouvernance à long terme : une part de la prime du titre tient à la confiance dans son exécution.
Allocation du capital. Le pattern est limpide et discipliné : capex de croissance lourd orienté vers la RAB et les renouvelables contractés, financé par de la dette (notation A préservée), un dividende-action (scrip) qui ménage la trésorerie, et une rotation d'actifs active (cession de 13 centrales mexicaines à l'État pour environ 6 Md$ en 2024) pour financer la croissance sans surendetter le bilan. Les rachats de minoritaires (Avangrid passé à 100 % en 2024, Electricity North West) renforcent le périmètre régulé.
Le sujet du scrip. Le dividende-action dilue d'environ 4,5 % par an le nombre de titres ; Iberdrola compense par des rachats (3,0 Md€ en 2025). C'est un mécanisme de financement déguisé, à surveiller : il faut que les rachats suivent pour que la dilution reste neutre.
Signaux à surveiller. L'équilibre capex / dette / notation, le rythme des rachats face au scrip, et la trajectoire de la succession. Aucun signal négatif majeur à ce stade : l'exécution est la grande force du dossier.
Thèse d'investissement
Iberdrola est le meilleur business de son secteur : une rente régulée croissante (RAB +12 %), une visibilité rare (production vendue, pays A-rated), un bilan solide et une exécution éprouvée. Le moteur de création de valeur est la croissance de la base d'actifs régulée, à laquelle s'ajoute un rendement total décent (dividende d'environ 3,1 % plus une croissance du bénéfice par action de 7 à 8 %). C'est un compounding lent, visible et défensif.
Mais c'est précisément là qu'est la tension : ce business de qualité se paie aujourd'hui à un prix qui ne laisse aucune marge. Le titre traite sur son plus-haut historique, à environ 20 fois les bénéfices attendus, après une hausse de 41 % en onze mois. La « major verte décotée » que beaucoup décrivent n'existe pas dans les chiffres : la croissance verte est déjà entièrement dans le prix.
Pourquoi maintenant : le marché a re-raté Iberdrola comme bénéficiaire-roi de la baisse des taux et de l'investissement réseaux. Le contexte rend le timing d'analyse pertinent, non parce qu'il y a une décote à saisir, mais parce qu'il faut comprendre ce qu'on paie au sommet.
Horizon : 5 ans, le temps que la RAB et le plan (résultat net ajusté supérieur à 7,6 Md€ en 2028) se matérialisent.
Ce qui doit se produire pour que la thèse fonctionne. La RAB doit croître comme prévu, les cadres régulés (RIIO-T3 au Royaume-Uni, révisions américaines et brésiliennes) doivent tenir, et le multiple premium doit se maintenir, ce qui suppose un environnement de taux qui reste accommodant.
Ce qui invaliderait la thèse. Une révision réglementaire défavorable sur un cadre majeur, un stress de financement du plan capex si les taux remontent durablement, ou une simple compression du multiple : à 20 fois sur ses sommets, le titre n'a aucun coussin.
Croissance
La croissance d'Iberdrola n'est pas dans le chiffre d'affaires : celui-ci a culminé à 53,9 Md€ en 2022 (flambée des prix de l'énergie, refacturés au client) puis reflué à 44,1 Md€, exactement comme chez les autres utilities. Le revenu de fourniture est un pass-through trompeur. La vraie croissance est dans la base d'actifs régulée et dans le bénéfice.
Chiffre d'affaires
Chiffre d'affaires sur 5 ans (Md$)
Le repli du chiffre d'affaires depuis 2022 est une normalisation des prix de l'énergie, pas une dégradation : sur la même période, l'EBIT progresse de 8,0 à 9,8 Md€ et le résultat net de 4,3 à 6,3 Md€. Le découplage est total entre le volume facturé (qui baisse avec les prix) et la valeur créée (qui monte avec la RAB et le mix vers le régulé).
CA par segment sur 5 ans (M€)
Pôle par pôle, la lecture est nette : les Réseaux montent en régime (chiffre d'affaires de 14,9 à 20,9 Md€ en quatre ans), les Renouvelables progressent par à-coups (sensibilité aux prix de gros), et la Production-commercialisation se contracte avec les prix. La barre de gauche, négative, est l'élimination intersegment.
Bénéfice par action
BPA dilué publié (euros)
Le bénéfice par action croît régulièrement, de 0,58 € en 2021 à 0,84 € en 2025, sans aucune année de creux : c'est une série propre, contrairement à Engie ou Nestlé. Le rythme (environ 9,7 % par an sur quatre ans) reflète la combinaison croissance de la RAB plus efficacité, atténuée par la dilution du scrip. La guidance valide cette dynamique : résultat net ajusté en hausse de plus de 8 % attendu en 2026, cible 2028 au-delà de 7,6 Md€.
Rentabilité et qualité
Voici le point que la qualité apparente du dossier masque : Iberdrola n'est pas un compounder à fort rendement du capital. C'est un grossiste de capital régulé à faible spread. La rentabilité est stable et en légère progression, mais elle dépasse à peine son coût du capital.
Marges
Marges sur 5 ans (%)
Les marges s'améliorent franchement : la marge brute passe de 44 à 55 %, la marge opérationnelle de 19 à 22 %, sous l'effet du basculement du mix vers les réseaux régulés (à forte marge) et de la baisse du poids de la fourniture (à faible marge). C'est une vraie amélioration structurelle de qualité du mix.
Asset Turnover vs moyenne historique (x)
L'asset turnover est bas (0,27) et le restera : une utility de réseaux est par nature très capitalistique, chaque euro de chiffre d'affaires mobilise beaucoup d'actifs. C'est la rançon du modèle régulé.
Retour sur capital investi
ROIC sur 5 ans (%)
ROIC vs WACC (%)
Le ROIC (méthode La Thèse, après impôt, goodwill inclus) ressort à 6,8 % en 2025, en progression depuis 5,5 % en 2021. Comparé au WACC de 5,7 %, le spread n'est que d'environ 1,1 point. C'est le chiffre le plus important de la fiche : Iberdrola crée de la valeur, mais peu par euro investi. Sa force n'est pas l'intensité du rendement, c'est le volume et la stabilité d'une rente régulée qui grossit. On n'achète pas un industriel à 20 % de ROIC ; on achète un péage régulé à faible spread mais à très grande visibilité.
ROCE vs WACC et ROIC (%)
ROIIC annuel (%)
Le ROCE (avant impôt, sur capitaux propres plus dette long terme) tourne autour de 9 %, au-dessus du WACC, ce qui confirme une création de valeur réelle mais modérée. Le ROIIC annuel est volatil par construction, l'IC d'une utility étant lourd et grumeleux : à lire en tendance, pas en niveau.
Génération de cash
OCF, FCF et Capex (Md€)
Le free cash-flow publié est faible (1,7 Md€ en 2025, soit 3,8 % du chiffre d'affaires) et c'est normal : le capex (10 Md€, environ 86 % de l'OCF) est avant tout du capex de croissance qui alimente la RAB. Un grossiste de capital régulé a, par construction, un FCF bas tant qu'il grandit. Ce n'est pas un accident temporaire comme chez Lilly : c'est le modèle. Conséquence directe, traitée en valorisation : le DCF sur ce FCF n'a aucun sens.
Solidité financière
Dette et levier
Dette nette financière / EBITDA (x)
La dette financière nette s'établit à 50,2 Md€ fin 2025 (en baisse de 1,5 Md€), soit environ 3,2 fois l'EBITDA, un niveau stable et maîtrisé pour une utility. Le ratio FFO sur dette nette ajustée s'améliore à 25,5 %, cohérent avec la notation A. La dette économique, qui réintègre 50 % des hybrides perpétuels (au titre de l'equity credit) et les locations, ressort autour de 55 à 56 Md€, soit environ 3,5 fois l'EBITDA : c'est cette dette élargie que je retiens pour la valeur d'entreprise et la somme des parties.
Liquidité
Current Ratio vs moyenne historique (x)
Le current ratio est inférieur à 1 (0,87), ce qui est habituel pour une utility financée à long terme et adossée à des cash-flows réguliers : la liquidité (21 Md€) et l'échéancier de dette lissé (maturité moyenne supérieure à six ans) comptent davantage que le ratio comptable.
Retour aux actionnaires
Dividende par action (euros)
Payout Ratio (%)
Dividende total au titre vs Capex (Md€)
Variation du nombre d'actions dilué (%)
Le dividende progresse régulièrement, à 0,68 € au titre de 2025 (en hausse de 6,3 %), pour un payout d'environ 73 % du résultat net, dans la fourchette cible de 65 à 75 %. Mais la comparaison dividende contre capex est éloquente : 4,6 Md€ rendus à l'actionnaire face à 10 Md€ de capex. Iberdrola n'est pas une vache à lait, c'est une machine à réinvestir. La dilution du scrip (plus 4,5 % en 2025) est l'autre face de cette croissance : elle est compensée par des rachats, mais elle pèse mécaniquement sur le bénéfice par action.
Répartition géographique
Iberdrola est l'une des utilities les plus internationales d'Europe : si l'Espagne reste la base historique, l'essentiel de la valeur régulée est désormais hors d'Espagne, ce qui est à la fois un atout (diversification du risque réglementaire) et une complexité (quatre régulateurs, exposition au real brésilien et au dollar, partiellement couverte).
Répartition géographique du CA
Source : rapport annuel · Appuyez sur un pays pour afficher le détail.
L'Espagne pèse environ 36 % du chiffre d'affaires, le Brésil 20 % (réseaux et renouvelables via Neoenergia), les États-Unis 19 % (Avangrid, désormais détenu à 100 %), le Royaume-Uni 16 % (ScottishPower, transport en forte croissance avec RIIO-T3). Aucune zone ne dépasse un tiers de l'activité hors Espagne : la diversification est réelle et amortit le risque pays. La part internationale du business, inférieure à 1 % en 2001, atteint environ 65 % aujourd'hui.
Forces et risques
Forces
La rente régulée croissante. 54 % de l'EBIT vient de réseaux en monopole, sur une RAB de 51 Md€ qui croît de 12 % par an avec une visibilité pluriannuelle. C'est le socle le plus solide du dossier.
Une visibilité exceptionnelle. Environ 100 % de la production 2026 est déjà vendue, plus de 80 % de 2027 ; 85 % de l'EBITDA provient de pays notés A ; le change 2026 est couvert. Peu d'entreprises offrent une telle prévisibilité.
Un bilan de qualité pour une utility. Notation A préservée, FFO sur dette nette à 25,5 %, 73 % de dette à taux fixe : le financement du plan capex est sécurisé.
Une exécution éprouvée. Un rendement total supérieur à 1 800 % depuis 2001 et une stratégie constante : Iberdrola fait ce qu'elle dit.
Risques
L'exécution du capex sous contrainte de bilan et de taux. Le groupe investit 14 à 17 Md€ par an, financés par dette et scrip, à 3,2 fois l'EBITDA. Si les taux remontent durablement ou si la RAB déçoit, la croissance du bénéfice par action cale et la prime se dégonfle. C'est le risque le plus matériel sur l'horizon.
La compression du multiple. À 20 fois les bénéfices attendus, sur son plus-haut historique, le titre price une poursuite de la baisse des taux. Si elle ne vient pas, le de-rating est le risque de prix immédiat, indépendamment des fondamentaux.
Le risque réglementaire. Le rendement autorisé sur la RAB est le compte de résultat : toute révision défavorable (Espagne, RIIO au Royaume-Uni, États-Unis, Brésil) mord directement. La diversification sur quatre cadres amortit, mais le risque est structurel.
L'exécution renouvelable. L'offshore est capitalistique et risqué (les 464 M€ de dépréciations de pipeline en 2025 le rappellent), et la part merchant reste exposée au prix de gros.
Catalyseurs
Court terme (0-3 mois)
Les résultats du premier semestre 2026 (attendus en juillet) : confirmation de la guidance relevée (plus de 8 % de croissance du résultat net ajusté), trajectoire de la RAB, exécution de l'offshore.
Moyen terme (6-18 mois)
La concrétisation des cadres régulés (décision finale RIIO-T3 au Royaume-Uni, rate cases aux États-Unis et au Brésil), la mise en service des grands projets offshore (East Anglia 3, NECEC aux États-Unis), et une éventuelle mise à jour du plan stratégique. Chaque cadre validé sécurise une tranche de RAB.
Long terme (2-5 ans)
L'atteinte de la cible 2028 (résultat net ajusté supérieur à 7,6 Md€) et la poursuite de la croissance de la RAB portée par l'électrification. C'est le test ultime : la valorisation actuelle suppose que ce plan se déroule sans accroc.
Position dans le cycle
Macro : utility défensive, déjà re-ratée. Iberdrola est un actif défensif, bénéficiaire des baisses de taux (un actif à cash-flows longs et réguliers se revalorise quand les taux baissent). Le marché l'a parfaitement compris : la hausse de 41 % en onze mois EST cette re-rating. Le risque, c'est que la baisse des taux soit déjà dans le prix.
Cycle d'investissement : plein pic de capex de croissance. Iberdrola est en phase de déploiement, pas de collecte : capex au plus haut, RAB en expansion, FCF comprimé par construction. C'est favorable à la croissance future du bénéfice, mais cela signifie aussi que le FCF restera bas et que le bilan restera sollicité. Le timing d'entrée doit en tenir compte : on paie aujourd'hui une croissance qui ne se traduira en cash-flow libre que bien plus tard.
Valorisation
Comparatif
Valorisation comparée - Iberdrola vs médiane du secteur (utilities)
Valeurs normalisées — chaque axe est relatif à la moyenne des valeurs comparées. En dessous de 1 = inférieur à la moyenne sur ce critère. Valeurs négatives affichées au centre (cas extrême).
Multiples sur base API Yahoo (TTM homogène), médiane d'un panel d'utilities européennes et américaines (EDP, Enel, Engie, RWE, Endesa, Naturgy, Acciona, Redeia, Terna, Orsted, NextEra, SSE). Le secteur entier affiche un FCF Yield et une croissance du chiffre d'affaires négatifs (super-cycle de capex et normalisation des prix de l'énergie) : les valeurs négatives sont ramenées au centre du radar. Les multiples de marché diffèrent légèrement des ratios FY de la fiche, ancrés sur l'exercice clos.
Rentabilité. Iberdrola surperforme la médiane sur la marge et le ROIC, ce qui reflète son mix régulé de qualité. Rien d'anormal : c'est le meilleur business du panel.
Solidité et croissance. Levier dans la moyenne (3,8 fois en base Yahoo), croissance du chiffre d'affaires négative comme tout le secteur (pass-through des prix).
Valorisation. C'est ici que tout se joue : Iberdrola traite à 26,8 fois les bénéfices passés et environ 20 fois les bénéfices attendus, contre une médiane sectorielle autour de 16 fois en forward, et à 15 fois l'EBITDA contre environ 11. La prime est nette et assumée par le marché.
Valorisation comparée - Iberdrola vs Enel
Valeurs normalisées — chaque axe est relatif à la moyenne des valeurs comparées. En dessous de 1 = inférieur à la moyenne sur ce critère. Valeurs négatives affichées au centre (cas extrême).
Enel : intégré italien comparable, valorisation proche en PER mais bien moins chère en EV/EBITDA, ROIC plus faible (participations et minoritaires lourds).
Valorisation comparée - Iberdrola vs Engie
Valeurs normalisées — chaque axe est relatif à la moyenne des valeurs comparées. En dessous de 1 = inférieur à la moyenne sur ce critère. Valeurs négatives affichées au centre (cas extrême).
Engie : pair français, davantage de négoce et de merchant, moins cher (17,9 fois les bénéfices, 8,6 fois l'EBITDA) et plus généreux en rendement (5 %). Son FCF Yield et son P/FCF, distordus en 2025 par les appels de marge du trading, sont ramenés au centre.
Valorisation comparée - Iberdrola vs NextEra Energy
Valeurs normalisées — chaque axe est relatif à la moyenne des valeurs comparées. En dessous de 1 = inférieur à la moyenne sur ce critère. Valeurs négatives affichées au centre (cas extrême).
NextEra Energy : le miroir américain (réseaux régulés de Floride plus renouvelables), plus rentable mais nettement plus endetté (6,6 fois l'EBITDA) et plus cher en EV/EBITDA. Lui aussi se paie une prime de qualité.
Synthèse comparative. Iberdrola est le plus beau business du secteur et le marché le sait : il est aussi le plus cher, à une prime franche sur ses pairs comme sur sa propre histoire. Les sections suivantes quantifient à quel point cette qualité est déjà payée.
Multiples historiques
PER vs moyenne historique (x)
Le graphique du PER est la thèse en une image : le titre a traité autour de 13 à 14 fois les bénéfices de 2021 à 2024, puis 19 fois à la clôture 2025, et environ 25 fois au cours actuel. La re-rating est spectaculaire et récente. Rien dans les fondamentaux (un ROIC qui dépasse à peine le WACC, une croissance du bénéfice de 7 à 9 %) ne justifie mécaniquement un doublement du multiple : c'est une prime de marché, pas une prime de rentabilité.
EV/EBITDA vs moyenne historique (x)
FCF Yield (capitalisation) vs taux sans risque (%)
L'EV/EBITDA, longtemps autour de 8 fois, ressort à près de 11 fois en clôture (12,5 fois au spot). Et le FCF Yield raconte la même histoire : à 1,4 %, il est désormais inférieur au taux sans risque (2,9 %). Acheter Iberdrola aujourd'hui rapporte, en cash-flow libre, moins qu'une obligation d'État, sans la liquidité de cette dernière. C'est la définition d'un actif de croissance richement valorisé.
Discounted Cash Flow
Le contexte préalable est décisif : le FCF de base est structurellement faible (1,7 Md€, écrasé par le capex de croissance RAB) et difficile à normaliser pour une utility en pleine expansion. Couplé à un bêta bas (0,68) et donc à un WACC modeste (5,7 %), le modèle voit sa valeur terminale exploser : c'est le piège classique des dossiers à faible bêta (famille Engie, TotalEnergies, Coca-Cola, Nestlé), où le DCF mesure le taux d'actualisation plus que l'entreprise.
Paramètres du modèle :
| Paramètre | Valeur | Source / Note |
|---|---|---|
| Cash-flow libre normalisé (base) | environ 6 000 M€ | OCF 11 635 - capex de maintenance (environ 5 600, soit ~D&A). Le FCF publié 2025 (1 677 M€) est écrasé par le capex de croissance RAB (utility de croissance) |
| WACC | 5,74 % | CAPM, bêta 0,682 (régression 61 mois). Rf 2,86 %, ERP 5,53 % (Damodaran mature + CRP Espagne 1,30 %), Rd ap. IS 3,54 % |
| Croissance perpétuelle | 2,5 % | Croissance nominale long terme de la base régulée + renouvelables |
| Horizon de projection | 5 ans | 2026 - 2030 |
| Actions diluées | 6 747 M | FY2025. Le dividende-action (scrip) dilue ~+4,5 %/an, partiellement racheté |
| Dette nette économique déduite | 55 500 M€ | Convention : dette financière nette 50 200 + 50 % des hybrides perpétuels (equity credit) + leases (vs 50,2 Md€ IFRS communiqué) |
| Part valeur terminale / EV | plus de 85 % | À WACC 5,74 % et g 2,5 %, le modèle est piloté par la valeur terminale, donc par le taux : DCF neutralisé |
La valeur terminale représente plus de 85 % de l'EV : autant dire que le modèle est piloté par le taux, pas par les flux. Je le présente donc en sensibilité, pas en pilote.
Sensibilité au WACC :
| WACC retenu | Lecture | Part VT / EV | Cours implicite (FCF norm. +2,5 %/an) |
|---|---|---|---|
| 5,74 % | WACC comptable (bêta 0,68) | 88 % | environ 20 € |
| 6,5 % | Prime de risque utility / exécution capex | 84 % | environ 15 € |
| 7,0 % | Normalisation des taux | 82 % | environ 12 € |
| 7,5 % | Bêta normalisé vers 0,9 + risque réglementaire | 80 % | environ 10 € |
Le moindre point de WACC efface environ un quart de la valeur. À WACC comptable (5,7 %), le DCF colle au cours (environ 20 €) ; dès 6,5 %, il tombe à 15 €. Le marché price donc un risque régulé minimal, sans prime.
| Lecture | Valeur | Commentaire |
|---|---|---|
| DCF au WACC comptable (5,74 %) | environ 20 € | Inexploitable : VT plus de 85 % de l'EV, gonflée par le bêta 0,68 et un FCF de base difficile à normaliser (utility de croissance) |
| Taux d'actualisation implicite du marché | environ 5,7 % | Le cours (21,6 €) = DCF au WACC comptable : le marché price un risque régulé minimal (A-rated), sans prime |
| Conclusion | DCF neutralisé | Le moindre point de WACC efface 25 % de la valeur. Valorisation pilotée au PER et à la somme des parties. |
Somme des parties
La somme des parties est plus parlante qu'un DCF pour un groupe à pôles hétérogènes : on valorise chaque métier au multiple d'EBITDA cohérent avec la qualité de sa rente, puis on déduit la dette économique et les minoritaires.
| Pôle | EBITDA 2025 (M€) | Multiple EV/EBITDA | EV (Md€) |
|---|---|---|---|
| Réseaux régulés (RAB 51 Md€) | 7 900 | 12x | 94,8 |
| Renouvelables | 4 950 | 10x | 49,5 |
| Production et commercialisation | 2 920 | 7x | 20,4 |
| Corporate / ajustements | -86 | 5x | -0,5 |
| Valeur d'entreprise (EV) | environ 164 | ||
| moins dette nette économique | -55,5 | ||
| moins minoritaires (au marché) | environ -14 | ||
| Capitaux propres (part du Groupe) | environ 95 | ||
| Par action (6 747 M actions) | environ 14 € |
Multiples retenus volontairement généreux : réseaux régulés à 12 fois l'EBITDA (soit environ 1,9 fois la RAB, déjà au-dessus de pairs comme National Grid), renouvelables à 10 fois, production-commercialisation à 7 fois. Minoritaires (Neoenergia, partenaires offshore) déduits au marché. EBITDA par pôle estimé à partir du reporting du groupe.
Même avec des multiples généreux, la somme des parties statique ressort autour de 14 € par action, très en dessous du cours (21,6 €). La conclusion est sans appel : il n'y a aucune valeur cachée à révéler. L'écart entre 14 € et 21,6 € n'est pas une décote ignorée, c'est la croissance future de la RAB (2028-2030) que le marché capitalise par avance. On paie aujourd'hui le bilan de demain.
Calculateur PER
La méthode la plus contraignante, et la plus pertinente ici : le bénéfice par action est propre (0,84 €, sans distorsion), la base est donc fiable.
Paramètres communs
BPA dilué FY2025 : 0,843 € - PER central : 16,3x - Marge d'erreur : 10,2 %
(Beta 0,682 × 15 %)
Le PER central de 16,3 fois est la moyenne du PER ajusté aux taux historique (15,1 fois) et de la médiane sectorielle (17,5 fois). C'est un multiple de réversion : il suppose que la prime actuelle (20 fois) se normalise vers la moyenne. La croissance est calée sur la guidance : bear 4 %, central 7 % (le rythme du plan 2025-2028), bull 9 % (le relèvement 2026).
Les trois scénarios
| Paramètre | Conservateur | Central | Optimiste |
|---|---|---|---|
| Croissance BPA / an | +4 % | +7 % | +9 % |
| BPA projeté 2030 | 1,03 € | 1,18 € | 1,30 € |
| PER central retenu | 16,3x | 16,3x | 16,3x |
| Prix cible (5 ans) | 16,7 € | 19,3 € | 21,2 € |
| Fourchette (MoE 10,2 %) | 15,0 - 18,4 € | 17,3 - 21,3 € | 19,0 - 23,3 € |
| Zone juste (hurdle Re, dividende en bonus) | 12,1 € | 14,0 € | 15,4 € |
| Cours juin 2026 (21,6 €) | très au-dessus | au-dessus de la cible | au niveau de la cible |
Zone juste calculée en demandant au cours seul de battre le coût des fonds propres (Re 6,6 %), le dividende (environ 3,1 %) venant en bonus : méthode robuste à une révision du dividende, adaptée à une valeur de rendement.
Le résultat est frappant : au multiple normalisé, le prix cible central à cinq ans (19,3 €) est inférieur au cours d'aujourd'hui (21,6 €). Autrement dit, à multiple normalisé, cinq ans de croissance du bénéfice ne suffisent pas à rejoindre le prix actuel. Seul le scénario optimiste (croissance 9 % et maintien d'un multiple élevé) justifie le cours.
Scénario bear - réversion du multiple, croissance ralentie
Croissance du bénéfice 4 %, retour du PER vers la médiane historique. Zone juste 12,1 € : ce qui resterait si la prime se dégonflait et que les taux remontaient.
BPA projeté 2030 : 1,03 € - Prix cible : 16,7 €
| Signal | Marge de sécurité | Zone juste (€) | Fourchette d'entrée (€) |
|---|---|---|---|
| Surveillance | 0 - 5 % | 12,1 € | 11 - 12 € |
| Premier renforcement | 10 - 15 % | 12,1 € | 10 - 11 € |
| Achat fort | 20 - 25 % | 12,1 € | 9 - 10 € |
Scénario central - le plan tient, le multiple se normalise
Croissance du bénéfice 7 % (le CAGR du plan), PER central 16,3 fois. Zone juste 14,0 €.
BPA projeté 2030 : 1,18 € - Prix cible : 19,3 €
| Signal | Marge de sécurité | Zone juste (€) | Fourchette d'entrée (€) |
|---|---|---|---|
| Surveillance | 0 - 5 % | 14,0 € | 13 - 14 € |
| Premier renforcement | 8 - 12 % | 14,0 € | 12 - 13 € |
| Achat fort | 20 - 25 % | 14,0 € | 11 € |
Scénario bull - le plan est dépassé, la prime tient
Croissance du bénéfice 9 % (proche du relèvement 2026), prime préservée. Zone juste 15,4 €.
BPA projeté 2030 : 1,30 € - Prix cible : 21,2 €
| Signal | Marge de sécurité | Zone juste (€) | Fourchette d'entrée (€) |
|---|---|---|---|
| Surveillance | 0 - 5 % | 15,4 € | 15 - 16 € |
| Premier renforcement | 10 - 15 % | 15,4 € | 13 - 14 € |
| Achat fort | 20 - 25 % | 15,4 € | 12 € |
Lecture croisée des méthodes
Au cours de rédaction (environ 21,6 €), les trois méthodes convergent vers une même conclusion, ce qui est rare et donc robuste.
Le DCF est neutralisé : il colle au cours (environ 20 €) au WACC comptable, mais ce résultat ne mesure que la faiblesse du taux d'actualisation, pas la valeur intrinsèque. Inexploitable en pilote.
La somme des parties statique, même à multiples généreux, ressort autour de 14 € : aucune valeur cachée.
Le calculateur PER donne une zone juste centrale de 14 € (hurdle Re, dividende en bonus) et un prix cible à cinq ans de 19,3 € au multiple normalisé, sous le cours actuel.
Le point analytique central. Les trois lectures pointent une juste valeur d'aujourd'hui autour de 14 à 17 €, contre un cours de 21,6 €, soit une prime de 25 à 35 %. Il n'y a pas de désaccord entre les méthodes : il y a un consensus sur la cherté. La seule façon de défendre le cours est de supposer que le multiple premium (20 fois) tient durablement, ce qui revient à parier sur la pérennité de la baisse des taux et l'exécution parfaite du plan.
En synthèse : au cours actuel, l'investisseur n'achète ni certitude de rendement, ni décote. Il achète une exécution parfaite à un prix parfait, sur le plus-haut historique, avec un rendement en cash-flow libre inférieur au taux sans risque. La qualité est réelle ; la marge de sécurité est négative.
Pourquoi Iberdrola plutôt qu'Engie
Engie est l'autre grande utility européenne que je suis : un conglomérat multi-énergies français, adossé à des réseaux régulés mais aussi à beaucoup de négoce et de merchant, qui se paie 17,9 fois les bénéfices, 8,6 fois l'EBITDA, et rend 5 %.
Rentabilité. ROIC proche (7,9 % contre 6,8 %), mais la qualité du mix penche pour Iberdrola : 54 % d'EBIT régulé contre un Engie plus exposé au trading et au merchant.
Solidité et croissance. Bilans comparables (environ 3 fois l'EBITDA), mais la croissance d'Iberdrola est plus visible et plus régulée ; celle d'Engie est plus cyclique et plus difficile à lire (le FCF 2025 d'Engie est même négatif, distordu par les appels de marge du négoce).
Valorisation. Engie est nettement moins cher et plus généreux en rendement. C'est tout le dilemme : Iberdrola est le meilleur business, Engie le meilleur prix.
Ce qui différencie Iberdrola. Une rente plus pure (moins de négoce), une dimension internationale et régulée plus profonde (Royaume-Uni, États-Unis, Brésil), et une exécution de référence. Mais cette qualité supérieure est intégralement payée : à choisir aujourd'hui, c'est Engie qui offre la marge, pas Iberdrola.
Pourquoi Iberdrola plutôt que NextEra Energy
NextEra est le miroir américain : réseaux régulés de Floride (FPL, parmi les meilleurs cadres régulés au monde) plus un géant des renouvelables (NEER). Marge supérieure (30 %), mais levier bien plus lourd (6,6 fois l'EBITDA) et valorisation encore plus tendue en EV/EBITDA (21 fois).
Rentabilité. NextEra affiche de meilleures marges, mais un ROIC plus faible (4,3 %) et un bilan plus tendu.
Solidité et croissance. Iberdrola est plus diversifié géographiquement (NextEra est mono-pays) et bien moins endetté, ce qui est un avantage en environnement de taux élevés.
Valorisation. Les deux se paient une prime de qualité ; aucun des deux n'offre de décote.
Ce qui différencie Iberdrola. La diversification régulée sur quatre pays A-rated et un bilan plus sain. Mais, là encore, la prime est pleine des deux côtés de l'Atlantique : le marché paie partout la croissance verte régulée au prix fort.
Mon analyse - ce que j'en fais
Iberdrola est un très beau dossier : une rente régulée croissante, une visibilité que peu d'entreprises offrent, un bilan de qualité et une exécution de référence. Si je devais détenir une seule utility de croissance verte pour dix ans sans regarder le cours, ce serait probablement celle-là.
Mais je regarde le cours, et il est sur son plus-haut historique. La « major verte décotée » est un mythe : à 20 fois les bénéfices attendus, à 12,5 fois l'EBITDA, avec un FCF Yield sous le taux sans risque, le titre est richement valorisé. Mes trois méthodes convergent sur une juste valeur d'aujourd'hui autour de 14 à 17 €, contre un cours de 21,6 € : une prime de 25 à 35 %. Le prix cible fondamental à cinq ans, à multiple normalisé, est même sous le cours d'aujourd'hui. On ne paie pas une décote, on paie une exécution parfaite à un prix parfait.
Je ne détiens pas Iberdrola, et je ne la chasserai pas sur ses sommets. Ce n'est pas un jugement sur la qualité, c'est un jugement sur le point d'entrée : à ce prix, le rendement total attendu (environ 3,1 % de dividende plus 7 à 8 % de croissance, soit 10 à 11 % brut) ne tient que si le multiple ne se comprime pas, et il n'offre aucun coussin si quoi que ce soit déçoit. J'attends un repli vers la juste valeur pour transformer une belle entreprise en bonne affaire.
Mon cours de référence au moment de la rédaction : ~21,6 € (juin 2026)
Note personnelle. Les niveaux de prix qui suivent sont les miens — ils reflètent ma propre analyse, ma situation patrimoniale, mon horizon de détention et ma tolérance au risque personnels. Ils ne constituent pas une recommandation d'achat ou de vente. Chaque investisseur doit conduire sa propre analyse avant toute décision.
Mon prix cible personnel (horizon 5 ans)
17 - 21 €
Méthode : BPA projeté 2030 (1,18 € au scénario central, croissance 7 % calée sur la guidance) × PER central 16,3x = 19,3 €, fourchette ± 10,2 % (Beta 0,682 × 15 %). La cible centrale est sous le cours actuel : à multiple normalisé, cinq ans de croissance ne rejoignent pas le prix payé aujourd'hui.Lecture technique - un titre suspendu au-dessus de toutes ses moyennes
Au cours actuel (21,6 €), Iberdrola traite au-dessus de toutes ses moyennes mobiles, en quotidien comme en hebdomadaire et en mensuel. Les moyennes mobiles 20, 50 et 200 séances en daily sont groupées entre 18,6 et 20,3 €, juste sous le cours : tendance haussière forte, mais titre étendu. Sous le cours, le premier appui sérieux est le cluster 19,18 - 18,58 (moyenne mobile 200 jours), puis 17,45 €, dernier support avant le vide. En dessous, c'est un trou d'air : aucun support technique majeur avant 10,77 €, niveau testé de longue date (et 8,93 € plus bas encore). Détail parlant : un simple retour à la moyenne mobile mensuelle 20 (16,6 €) ramènerait déjà le titre dans ma zone de juste valeur.
La tension est nette : les seuls supports proches (18,6 - 20,3 €) sont au-dessus de ma juste valeur (14 - 17 €). Je n'y achète pas, faute de marge. Mes niveaux de valeur tombent soit dans le vide technique, soit sur le support profond de 10,77 €.
Mes niveaux de suivi personnels
Ces niveaux sont ceux auxquels j'envisagerais d'intervenir si je décidais d'entrer, en fonction de ma propre situation. Ils ne valent que pour moi.
16 - 17 € - Surveillance
Le haut de ma juste valeur, qui coïncide avec la moyenne mobile mensuelle 20 (16,6 €) et se situe juste sous le dernier support technique avant le vide (17,45 €). C'est là, et pas avant, que je commence à m'intéresser sérieusement au dossier. Entre 17,45 et 21,6 €, les paliers techniques (19,18 €, moyenne 200 jours à 18,58 €, moyennes 50 et 20 jours à 19,9 - 20,3 €) sont des supports en tension : aucune marge fondamentale, je laisse passer.
14 € - Premier renforcement
Ma zone juste centrale (hurdle coût des fonds propres, dividende en bonus). Elle tombe dans le trou d'air technique : pour l'atteindre, il faudrait une vraie correction qui casse 17,45 €. Mais à 14 €, le rendement total attendu repasse mon seuil et la rente régulée se paie raisonnablement.
11 - 12 € - Achat fort
Ma zone juste conservatrice (réversion du multiple, croissance ralentie), qui s'adosse cette fois à un support technique majeur : 10,77 €, le premier vrai plancher sous le vide, testé de longue date. C'est la seule confluence valeur plus technique du dossier : à ce prix, après une correction sévère, j'achète une rente régulée A-rated avec une vraie marge de sécurité, dividende compris.
Mes niveaux d'allègement (take profit)
Je ne détiens pas le titre, donc ces niveaux décrivent où je refuserais de chasser et où j'allègerais si je le détenais. Ils sont couplés au driver (la baisse des taux et le momentum) et aux résistances.
21 - 22 € - Je ne chasse pas / premier allègement
Au plus-haut historique, au-dessus de toutes les moyennes mobiles, et à la cible de mon scénario optimiste : je refuse d'acheter et, si je détenais, je commencerais à alléger. Le titre price déjà l'exécution parfaite et la poursuite de la baisse des taux.
23 - 24 € - Allègement renforcé (flambée des taux à la baisse)
Si l'euphorie « baisse des taux » poussait le titre au-delà du haut de ma fourchette bull, j'allègerais davantage : c'est une prime réversible, qui se dégonflera si les taux ne suivent pas.
Condition de sortie structurelle, au-delà du prix. Une révision défavorable d'un cadre régulé majeur (RIIO-T3 au Royaume-Uni, Espagne, États-Unis, Brésil) qui amputerait la rente, un stress de financement du plan capex si les taux restaient durablement hauts, ou une coupe du dividende (improbable, mais qui signerait une rupture de thèse) : autant de signaux qui me feraient sortir indépendamment du cours.
Ma marge de sécurité actuelle : -25 à -35 % - le cours est nettement au-dessus de ma juste valeur. Belle entreprise, mauvais prix.
Historique des mises à jour
- Juin 2026 - Création de la fiche (analyse ponctuelle). Données FY2025 (résultats publiés le 25 février 2026), premier trimestre 2026 (29 avril 2026) et guidance 2026-2028. Snapshot structurel FY2025 figé, valorisation ré-ancrée au cours spot (21,6 € en juin 2026, plus-haut historique). WACC 5,74 % (bêta 0,682) qui neutralise le DCF ; valorisation pilotée au PER (BPA 0,843 €) et à la somme des parties. Conviction : forte. Positionnement : surveillance (non détenue).
Ceci n'est pas un conseil en investissement. Cette analyse est produite à des fins éducatives et ne saurait constituer une recommandation d'achat ou de vente. Chaque investisseur est responsable de ses propres décisions.