Siemens Energy
ENR.DEÉnergie · Europe · CTO

Horizon : 5 ans · 40 min de lecture · Analyse du 26 juin 2026— analyse ponctuelle, non mise à jour
Présentation
Siemens Energy AG est un équipementier allemand de l'énergie, né en 2020 d'un spin-off de Siemens AG, coté à Francfort (Xetra, ticker ENR) et membre du DAX. Sur l'exercice clos le 30 septembre 2025 (l'entreprise a un exercice fiscal décalé), le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 39,1 Md€ avec environ 100 000 salariés, ce qui en fait l'un des trois grands fournisseurs mondiaux de technologies pour la production, le transport et la conversion de l'électricité, aux côtés de GE Vernova et de la division énergie de Hitachi.
Le modèle est celui d'un industriel de grands projets : Siemens Energy vend des équipements à cycle long (turbines, transformateurs, stations de conversion, éoliennes) puis facture pendant des décennies la maintenance de la base installée. L'argent rentre largement à l'avance : les clients versent des acomptes au moment de la commande, ce qui explique un carnet de commandes (backlog) record de 154 Md€ et un cycle de trésorerie structurellement négatif. C'est une machine à cash dès lors que les marges d'exécution sont saines, et un gouffre quand elles ne le sont pas : c'est précisément ce que la crise de 2023 a démontré.
Le groupe se lit en quatre pôles. Gas Services (turbines à gaz et à vapeur, service) et Grid Technologies (transport et transformation de l'électricité) sont les deux moteurs sains et rentables. Transformation of Industry (compression, électrification, vapeur industrielle) est un pôle intermédiaire en redressement. Siemens Gamesa (éolien terrestre et offshore) est la division qui a failli couler le groupe en 2023 sur des défauts de qualité, encore déficitaire mais en convalescence avancée.
CA par segment sur 4 ans (Md€)
1. 2022 — Structure à 4 segments (avant 2022 : Gas and Power + Gamesa)
Grid Technologies - le joyau du supercycle des réseaux
Avec 11,0 Md€ de chiffre d'affaires en FY2025 (28 % du groupe), Grid Technologies vend les transformateurs de puissance, les disjoncteurs haute tension et surtout les stations de conversion courant continu haute tension (HVDC) qui relient les parcs éoliens offshore et interconnectent les réseaux. C'est le pôle le plus exposé au supercycle d'investissement dans les réseaux électriques, et il croît à un rythme spectaculaire : +25 % sur l'exercice, avec un book-to-bill de 2,19 au dernier trimestre, c'est-à-dire plus de deux euros de commandes nouvelles pour chaque euro facturé. Sa marge opérationnelle avant éléments exceptionnels a atteint 15,8 %, la meilleure du groupe. C'est ici que se joue l'essentiel de la thèse.
Gas Services - la rente des turbines et la demande des datacenters
Gas Services (12,1 Md€, 31 % du groupe) regroupe les turbines à gaz et à vapeur et, surtout, la maintenance de la flotte installée. C'est le pôle le plus rentable en valeur absolue et le plus prévisible, porté par deux dynamiques : le besoin de capacité pilotable pour stabiliser des réseaux de plus en plus renouvelables, et la demande de production électrique de secours pour les datacenters d'intelligence artificielle. Marge avant exceptionnels de 13,0 % en FY2025, en forte amélioration.
Transformation of Industry et Siemens Gamesa
Transformation of Industry (5,5 Md€, marge 11,3 %) rassemble la compression, l'électrification et la vapeur industrielle : un pôle plus petit, intermédiaire, en redressement régulier. Siemens Gamesa (10,4 Md€) reste l'angle mort : l'éolien terrestre traîne des contrats à faible marge et l'offshore monte en cadence à perte, d'où une marge avant exceptionnels encore négative à -13,1 % sur l'exercice. La direction vise le seuil de rentabilité (break-even) dès FY2026. La trajectoire est nette mais la division reste, par construction, l'élément le plus fragile du dossier.
La répartition géographique du chiffre d'affaires est dominée par la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique), devant les Amériques et l'Asie-Pacifique ; elle est détaillée plus bas dans la fiche.
Répartition géographique du CA
Moat - large sur le cœur réseaux et turbines, absent sur l'éolien
Type de moat identifié : actifs intangibles technologiques et base installée (coûts de changement), doublés d'un avantage d'échelle. L'intensité du moat est très hétérogène selon les pôles, ce qui interdit toute note globale simpliste.
Les piliers de l'avantage concurrentiel
Pilier 1 - L'oligopole du transport haute tension. Sur les stations de conversion HVDC et les grands transformateurs de puissance, le marché mondial se partage entre une poignée d'acteurs : Siemens Energy, Hitachi Energy et GE Vernova. Les barrières sont réelles : décennies de références, certifications réseau, capacité industrielle rare (les carnets sont saturés jusqu'en 2030), et un client - les gestionnaires de réseau - qui ne peut pas se permettre une défaillance sur un équipement censé tenir quarante ans. C'est un avantage durable, pas conjoncturel.
Pilier 2 - La base installée et le service. Chaque turbine, chaque transformateur vendu génère des décennies de maintenance captive, à marges élevées et récurrentes. Le pôle service représente plus du tiers du chiffre d'affaires du groupe et amortit la cyclicité des nouvelles unités. Migrer un parc de turbines vers un concurrent est coûteux et risqué : c'est un vrai coût de changement.
Pilier 3 - L'échelle et le carnet. Un carnet de 154 Md€ est en soi une barrière : il sature les capacités, fixe les prix et donne au groupe une visibilité que peu d'industriels possèdent. Combiné aux acomptes clients, il finance la croissance sans dette.
Ce qui n'est pas un moat. Siemens Gamesa n'a pas de moat : l'éolien est une industrie cyclique, capitalistique et largement banalisée, où la pression sur les prix a détruit la rentabilité de tout le secteur (Vestas, Nordex compris). La taille du groupe ne protège pas non plus contre une erreur d'exécution sur un grand projet à prix ferme, comme 2023 l'a brutalement rappelé. Enfin, un carnet record n'est pas une rente garantie : sa valeur dépend de la marge à laquelle il sera converti.
Intensité estimée : wide sur le cœur (réseaux et turbines installées, oligopole et base captive), narrow voire none en périphérie (Siemens Gamesa). Le moat consolidé est positif et en renforcement, mais il cohabite avec une division sans avantage durable qui pèse encore un quart du chiffre d'affaires.
Management
Christian Bruch (CEO). Aux commandes depuis la création du groupe en 2020, Bruch a traversé l'enfer de 2023 sans démissionner et a piloté un redressement que peu jugeaient possible. Profil d'ingénieur et d'opérationnel, il a négocié la garantie d'État de 2023, repris le contrôle total de Siemens Gamesa, et tenu chacune des guidances relevées depuis. Sa crédibilité, nulle en 2023, est aujourd'hui forte : c'est un capital fragile qu'une rechute de Gamesa entamerait vite.
Maria Ferraro (CFO). Directrice financière de longue date, elle a porté le désendettement et la restauration du bilan, dont la trésorerie nette retrouvée est le symbole. La discipline financière du tandem est lisible dans les chiffres.
Structure de rémunération et allocation du capital. La priorité a été, dans l'ordre : éteindre l'incendie Gamesa, restaurer le bilan, puis rétablir le retour aux actionnaires. Le dividende, suspendu depuis quatre ans, est rétabli au titre de FY2025 à 0,70 € par action (la moitié du résultat net ajusté des effets non-cash). Il n'y a pas de rachats d'actions : le capital va d'abord au réinvestissement (capex en hausse) et à la conversion du carnet. C'est une allocation cohérente avec un turnaround, pas avec une vache à lait.
Qualité de communication. Le management a relevé sa guidance FY2026 à deux reprises en six mois et sa cible de marge à moyen terme FY2028. Il sous-promet et sur-livre depuis deux ans : c'est exactement l'inverse de 2023. Le revers de la médaille est qu'un tel historique installe des attentes élevées, qui ne laissent aucune place à la déception.
Signaux à surveiller. La dilution massive de 2023 (augmentation de capital de sauvetage, +15 % d'actions) est derrière, mais elle rappelle que ce bilan a déjà été reconstruit une fois dans la douleur. Le point de vigilance reste l'exécution de Siemens Gamesa et la qualité de la marge sur les contrats offshore en cours de montée en cadence.
Thèse d'investissement
Siemens Energy est le fournisseur de pelles et de pioches du supercycle de l'électrification : pendant que les gestionnaires de réseau et les utilities investissent des centaines de milliards dans la modernisation des réseaux, et que les hyperscalers réclament de la capacité pour leurs datacenters, c'est Grid Technologies et Gas Services qui vendent les équipements. Le moteur central de la thèse est Grid Technologies : un pôle en oligopole, en croissance de 25 %, à marge en expansion, dont le carnet à lui seul donne plusieurs années de visibilité. Le redressement de Siemens Gamesa et la demande de turbines des datacenters sont des relais qui amplifient l'histoire sans en être le cœur.
Pourquoi maintenant : parce que le turnaround est désormais livré, pas promis. Le groupe est repassé en trésorerie nette (4,0 Md€), a restauré un ROIC supérieur à son coût du capital, génère un free cash flow fortement positif et a rétabli son dividende. La question n'est plus la survie, mais le prix.
Horizon : 5 ans, le temps que la cible de marge FY2028 (14-16 % avant exceptionnels) soit livrée ou démentie, et que Siemens Gamesa confirme son passage au seuil de rentabilité.
Ce qui doit se produire pour que la thèse fonctionne. Grid Technologies doit continuer de convertir son carnet à marge croissante ; Siemens Gamesa doit atteindre puis dépasser le break-even ; et le capex des clients (utilities, hyperscalers) doit rester soutenu pour alimenter le carnet au-delà de 2027.
Ce qui invaliderait la thèse. Un retournement du book-to-bill durablement sous 1 (le carnet cesserait de grossir), une rechute de Siemens Gamesa dans les pertes structurelles, ou une compression du multiple : à plus de 40 fois les bénéfices attendus, le titre n'a aucune marge pour décevoir.
Croissance
La croissance est aujourd'hui à la fois volumique et qualitative : le chiffre d'affaires a progressé de 15,2 % en base comparable en FY2025, tous segments contribuant, et la marge se redresse en parallèle. Ce n'est pas un rebond technique post-crise mais une accélération structurelle, ancrée dans un carnet record.
Chiffre d'affaires
Chiffre d'affaires sur 5 ans (Md$)
Le chiffre d'affaires est passé de 28,5 Md€ (FY2021) à 39,1 Md€ (FY2025), avec une accélération nette sur les deux derniers exercices. La guidance FY2026, relevée à deux reprises, vise désormais une croissance comparable de 14 à 16 %, ce qui porterait le chiffre d'affaires vers 44-45 Md€.
CA par segment sur 4 ans (Md€)
1. 2022 — Structure à 4 segments (avant 2022 : Gas and Power + Gamesa)
Lue segment par segment, la trajectoire est limpide : Grid Technologies a presque doublé en trois ans (6,1 vers 11,0 Md€), Gas Services croît régulièrement, Transformation of Industry monte, et Siemens Gamesa stagne autour de 10 Md€ en attendant son redressement de marge. La structure à quatre pôles n'est comparable que depuis FY2022 ; auparavant, le groupe publiait deux segments (Gas and Power et Gamesa).
Bénéfice par action
BPA dilué (EUR) - sortie de pertes
Le BPA raconte le turnaround en une courbe : -5,47 € au creux de FY2023, retour au positif à 1,35 € (FY2024) puis 1,60 € (FY2025). Cette trajectoire interdit toute lecture du PER historique : sur un BPA qui passe de fortement négatif à faiblement positif, le multiple trailing n'a aucun sens. La seule lecture pertinente est prospective, sur le bénéfice normalisé que la montée en marge doit produire d'ici FY2028.
Rentabilité et qualité
La rentabilité a été restaurée de façon spectaculaire : le groupe est passé d'une destruction massive de valeur (crise 2023) à un ROIC qui dépasse nettement son WACC. C'est le test central du turnaround, et il est réussi.
Marges
Marges sur 5 ans (%)
La traversée de la crise est lisible : la marge brute s'est effondrée à 2,4 % en FY2023 (provisions de qualité Siemens Gamesa), avant de remonter à 16,8 % en FY2025. La marge nette a suivi le même chemin, de -14,8 % à +4,3 %. La mesure que pilote le groupe, le résultat opérationnel avant éléments exceptionnels, est passée de 345 M€ (FY2024) à 2 355 M€ (FY2025), soit une marge de 6,0 % en route vers la cible de 14-16 % à horizon FY2028. À noter : le résultat reporté de FY2024 était flatté par 2,0 Md€ de plus-values de cession ; le vrai saut opérationnel est bien celui de FY2025.
Asset Turnover (rotation des actifs)
L'asset turnover est stable autour de 0,69 : la croissance ne se fait pas au prix d'une inflation des actifs, le modèle reste léger en capital relativement à son chiffre d'affaires (les acomptes clients financent une partie du besoin).
Retour sur capital investi
ROIC sur 5 ans (%)
ROIC vs WACC (%)
Le spread ROIC-WACC est le graphique le plus important de la fiche : profondément négatif pendant la crise (jusqu'à -29 points en FY2023), il est repassé franchement positif en FY2024-2025, à +5,4 points (ROIC 15,3 % contre WACC 9,9 %). Le groupe crée de nouveau de la valeur sur chaque euro investi. C'est une différence de nature avec une utility régulée comme Iberdrola, dont le spread reste structurellement mince : ici, la rentabilité est réelle et le levier opérationnel encore loin d'avoir donné toute sa puissance. À noter que le ROIC mesuré par les agrégateurs (environ 6 %) est sur une base différente ; la mesure La Thèse, sur le NOPAT rapporté au capital investi, ressort à 15,3 %.
ROCE vs WACC vs ROIC
Le ROCE confirme l'histoire racontée par le ROIC : même bascule, du fortement négatif au franchement positif.
Rentabilité des investissements incrémentaux
ROIIC annuel
ROIIC glissant (1 à 4 ans)
Le ROIIC n'est pas significatif sur cette période : ses dénominateurs reposent sur des années de pertes, ce qui produit des valeurs erratiques (de +109 % à -86 %) sans contenu informatif. Pour un turnaround, c'est la restauration du ROIC absolu qu'il faut lire, pas la rentabilité incrémentale calculée sur une base de crise.
OCF, FCF et Capex (Md€)
Le free cash flow a bondi à 4,16 Md€ en FY2025, porté par un cash-flow opérationnel de 5,82 Md€. Attention toutefois : ce niveau est en partie gonflé par les acomptes clients sur le carnet record (les passifs de contrats ont augmenté de 3,5 Md€). La guidance d'un FCF pre-tax de 8 Md€ pour FY2026 illustre cette mécanique d'avances, mais ce n'est pas un régime de croisière : en valorisation, il faut normaliser ce cash autour de 4 Md€.
Solidité financière
Le bilan est aujourd'hui une force, alors qu'il était le talon d'Achille du groupe il y a deux ans. La structure de financement, atypique, repose sur les acomptes clients.
Dette et levier
Dette nette / EBITDA (trésorerie nette)
Siemens Energy est en trésorerie nette de 4,0 Md€ (9,2 Md€ de cash contre 5,1 Md€ de dette totale) : l'EV/EBITDA se calcule donc sur une valeur d'entreprise inférieure à la capitalisation. Le ratio dette nette/EBITDA est négatif sur toute la période (la valeur de FY2023, -0,6x, est un artefact : dette nette positive divisée par un EBITDA négatif). C'est un bilan de forteresse, qui donne au groupe la flexibilité de réinvestir et de rétablir son dividende sans tension.
Liquidité à court terme
Current Ratio
Le current ratio est inférieur à 1 (0,90), ce qui est normal et même sain pour ce modèle : les passifs de contrats (acomptes clients, 22,3 Md€) gonflent le passif courant sans être une dette à rembourser en cash. C'est le miroir d'un besoin en fonds de roulement négatif, pas un signe de fragilité.
Cycle de conversion du cash
DSO / DIO / DPO / CCC (jours)
Le CCC est structurellement négatif et il se creuse : de -17 jours (FY2021) à -91 jours (FY2025). Les acomptes clients et les délais fournisseurs (un DSO de 111 jours, mais un DPO de 318 jours) financent l'intégralité du cycle. Plus le carnet grossit, plus le groupe encaisse d'avances : c'est le moteur du cash et de la trésorerie nette, mais aussi son point de réversibilité (si les commandes ralentissaient, ce flux d'avances se tarirait).
Retour aux actionnaires
Variation du nombre d'actions dilué (%)
La dilution a culminé en FY2023 (+15 %) avec l'augmentation de capital de sauvetage ; elle est revenue à +1 % en FY2025. Le bilan a été reconstruit une fois dans la douleur, ce dont la courbe garde la trace.
Dividende par action (EUR)
Payout Ratio
Le dividende, suspendu depuis quatre ans, est rétabli à 0,70 € au titre de FY2025, soit un payout ratio de 43 % du bénéfice. Au cours actuel, le rendement n'est que de 0,4 % : le dividende est ici un signal de confiance et de normalisation, pas un argument d'investissement. Le cadre reste celui d'un réinvestisseur, pas d'une valeur de rendement.
Dividende total vs Capex (Md€)
L'allocation du capital est sans ambiguïté : le capex de croissance (1,66 Md€) domine très largement le retour aux actionnaires, qui redémarre tout juste. Pas de rachats d'actions. Le cash va à la conversion du carnet et à la montée en cadence, ce qui est cohérent avec la phase du cycle.
Répartition géographique
Siemens Energy est un groupe mondial dont la présence suit les grands programmes d'infrastructure électrique. La logique est celle d'une présence industrielle locale (usines de transformateurs, sites de service) au plus près des réseaux servis.
Répartition géographique du CA
Source : rapport annuel · Appuyez sur un pays pour afficher le détail.
La zone EMEA (Europe, CEI, Moyen-Orient, Afrique) pèse 53 % du chiffre d'affaires, devant les Amériques (30,5 %) et l'Asie-Pacifique (16,5 %). Les États-Unis sont devenus le premier moteur de croissance des commandes au dernier trimestre (intake d'ordres plus que doublé en un an), portés par la demande de capacité électrique et de réseaux. Cette montée américaine est un atout de croissance, mais elle expose aussi le groupe aux à-coups de la politique commerciale et tarifaire des États-Unis, qui ont déjà pesé sur Siemens Gamesa.
Forces et risques
Forces
Un carnet record qui donne une visibilité rare. 154 Md€ de commandes, soit près de quatre années de chiffre d'affaires, avec un book-to-bill de 1,72. Pour un industriel, c'est un coussin de visibilité exceptionnel, qui sécurise la trajectoire de revenus jusqu'en 2028.
Grid Technologies, un actif premium dans un oligopole. Croissance de 25 %, marge de 15,8 %, book-to-bill de 2,19, position de leader sur le HVDC : c'est l'un des plus beaux actifs cotés exposés au supercycle des réseaux.
Un bilan de forteresse. Trésorerie nette de 4,0 Md€, financement par acomptes clients, cash-flow fortement positif : le groupe n'a plus aucune contrainte de financement et a rétabli son dividende.
Une rentabilité restaurée. ROIC de 15,3 % contre un WACC de 9,9 %, soit un spread de plus de 5 points : la création de valeur est réelle, et le levier opérationnel n'a pas encore donné toute sa puissance (la marge cible 2028 est plus du double de celle de 2025).
Risques
La compression du multiple (risque n°1). À environ 43 fois les bénéfices attendus FY2026 et 35 fois l'EV/EBITDA, le titre est payé pour la perfection. Tout ralentissement de croissance, toute déception de marge, ou une simple rotation sectorielle, peut entraîner un de-rating violent, indépendamment de la qualité du business. C'est le risque dominant pour une valeur qui a fait +2400 % depuis ses plus-bas.
La normalisation du capex client (risque n°2, le vrai casse-thèse de fond). Le carnet dépend du capex des utilities et des hyperscalers. Un ralentissement de l'investissement dans les réseaux ou les datacenters, à partir de 2027, tarirait l'alimentation du carnet. C'est le risque qui invaliderait le moteur même de la thèse, et il est forward, pas immédiat (le capex 2026 reste en accélération).
L'exécution de Siemens Gamesa (risque n°3, en réduction). Le break-even FY2026 est promis mais pas acquis ; une rechute sur la qualité, les tarifs américains ou la montée en cadence offshore plomberait à nouveau le groupe. Le risque est désormais résiduel et en amélioration nette, loin du trou noir de 2023, mais 10 Md€ de chiffre d'affaires restent encore en pertes.
La dépendance aux acomptes clients (risque n°4). La trésorerie nette et le FCF reposent en partie sur 22,3 Md€ d'avances clients. Si les commandes ralentissaient, ce flux se dégonflerait : un risque réel mais largement corrélé au précédent.
Catalyseurs
Court terme (0-3 mois)
Les résultats du troisième trimestre FY2026 (attendus mi-août 2026) : le marché surveillera le niveau des commandes, la trajectoire de marge de Grid Technologies et tout signe d'avancée de Siemens Gamesa vers le break-even.
Moyen terme (6-18 mois)
Le passage de Siemens Gamesa au seuil de rentabilité sur FY2026, catalyseur binaire qui validerait ou démentirait le dernier morceau du turnaround. En parallèle, la poursuite de la montée en marge du groupe vers les 10-12 % avant exceptionnels guidés pour FY2026.
Long terme (2-5 ans)
La livraison de la cible FY2028 (marge avant exceptionnels de 14-16 %) est le test ultime : c'est elle que le cours capitalise déjà. La conversion du carnet à marge croissante, et le maintien d'un book-to-bill supérieur à 1, conditionnent la valorisation cible.
Position dans le cycle
Début de supercycle d'électrification, pic d'euphorie de marché. Les marchés servis (réseaux, capacité électrique, électrification industrielle) sont au début d'un cycle d'investissement pluriannuel, porté par l'électrification, la digitalisation et la demande des datacenters. Le carnet en témoigne. Mais la valorisation, elle, est à un pic d'euphorie : le décalage entre un cycle industriel jeune et un multiple déjà tendu est la tension centrale du dossier.
Phase de conversion et de montée en marge. Sur son cycle interne, Siemens Energy n'est plus en phase de réparation (terminée) mais en phase de conversion : transformer un carnet record en marges croissantes. Le capex monte, le FCF est dopé par les avances, et la rentabilité grimpe vers sa cible. C'est la phase la plus favorable du cycle opérationnel, ce qui rend d'autant plus exigeante la question du prix d'entrée.
Valorisation
Comparatif
Valorisation comparée - Siemens Energy vs médiane du secteur
Valeurs normalisées — chaque axe est relatif à la moyenne des valeurs comparées. En dessous de 1 = inférieur à la moyenne sur ce critère. Valeurs négatives affichées au centre (cas extrême).
Source : API Yahoo (base TTM homogène), relevé juin 2026. Panel sectoriel : GE Vernova, Hitachi, Mitsubishi Heavy, Nordex, Vestas, Eaton, Nexans, Prysmian, Schneider Electric, ABB, Siemens AG (Toshiba exclu, multiples non significatifs). Pour Siemens Energy, le ROIC (15,3 % La Thèse, contre 6,2 % en base Yahoo) et la croissance du CA (10,5 % réel sur 3 ans, contre 3,3 % Yahoo) ont été substitués par les valeurs de la fiche, plus représentatives ; les autres axes sont en base Yahoo. Le PER trailing (64x) est distordu par le turnaround ; le PER forward ressort à 27x.
Rentabilité. Siemens Energy se situe au-dessus de la médiane sectorielle sur le ROIC (15,3 % contre 9,2 %) et sur la marge, ce qui reflète la qualité retrouvée de Grid Technologies et de Gas Services. La trésorerie nette (dette/EBITDA négative) la distingue d'un secteur majoritairement endetté.
Solidité et croissance. Le bilan est l'un des plus sains du panel, et la croissance (10,5 % sur 3 ans, en accélération) parmi les plus fortes hors GE Vernova.
Valorisation. C'est là que le bât blesse : sur tous les multiples de prix (PER, EV/EBITDA, P/FCF), Siemens Energy se paie au-dessus de la médiane sectorielle. La prime de qualité est réelle, mais elle est intégralement payée.
Valorisation comparée - Siemens Energy vs GE Vernova
Valeurs normalisées — chaque axe est relatif à la moyenne des valeurs comparées. En dessous de 1 = inférieur à la moyenne sur ce critère. Valeurs négatives affichées au centre (cas extrême).
GE Vernova est le miroir américain de Siemens Energy : également issu d'un spin-off (de General Electric en 2024), également structuré en réseaux + power + éolien, également en plein redressement. Ses multiples EV/EBITDA (82x) et P/FCF (79x) sont extrêmes (marges encore faibles), ramenés au bord du radar par le composant. La comparaison montre deux paris quasi identiques sur le même supercycle, tous deux chèrement valorisés.
Rentabilité. Siemens Energy fait nettement mieux sur la marge et le ROIC : son redressement est plus avancé que celui de GE Vernova, dont les marges restent comprimées.
Solidité et croissance. GE Vernova croît plus vite (16 %) mais part d'une base de rentabilité inférieure. Les deux sont en trésorerie nette.
Valorisation. GE Vernova affiche un PER trailing plus bas (32x contre 64x), mais c'est trompeur : sur le PER forward et l'EV/EBITDA, les deux sont dans la même stratosphère. Aucun des deux n'offre de marge.
Valorisation comparée - Siemens Energy vs Vestas
Valeurs normalisées — chaque axe est relatif à la moyenne des valeurs comparées. En dessous de 1 = inférieur à la moyenne sur ce critère. Valeurs négatives affichées au centre (cas extrême).
Vestas est l'éolien pur, la lentille de lecture du pôle Siemens Gamesa. Ses multiples EV/EBITDA (105x) et P/FCF (166x) sont extrêmes : c'est ce qu'il en coûte de valoriser un acteur à peine rentable. La comparaison rappelle pourquoi Gamesa est traité en option dans la somme des parties, pas comme un actif premium.
Rentabilité. Vestas et Siemens Gamesa souffrent du même mal sectoriel : des marges éoliennes laminées. La différence est que Siemens Energy a trois autres pôles rentables pour compenser.
Solidité et croissance. Vestas est en trésorerie nette mais sa rentabilité reste fragile.
Valorisation. Les multiples de Vestas illustrent l'absence de moat de l'éolien : on ne paie pas une rente, on paie un espoir de normalisation.
Valorisation comparée - Siemens Energy vs Siemens AG
Valeurs normalisées — chaque axe est relatif à la moyenne des valeurs comparées. En dessous de 1 = inférieur à la moyenne sur ce critère. Valeurs négatives affichées au centre (cas extrême).
Siemens AG est l'ex-maison-mère, conglomérat industriel diversifié (automatisation, mobilité, santé via Siemens Healthineers). C'est un point de référence sur ce que vaut un industriel allemand de qualité à maturité.
Rentabilité. Siemens AG dégage un FCF Yield bien supérieur (5,2 % contre 2,9 %) : c'est un industriel mûr qui rend du cash, là où Siemens Energy réinvestit tout.
Solidité et croissance. Siemens AG est plus endettée (3,5x EBITDA) mais croît moins vite (croissance nulle sur la période). Les profils sont opposés : maturité contre accélération.
Valorisation. Siemens AG se paie 28x les bénéfices et 22x l'EV/EBITDA, soit nettement moins que Siemens Energy. Le marché paie la croissance de la fille bien plus cher que la stabilité de la mère.
Synthèse comparative. Siemens Energy surperforme son secteur en rentabilité, en bilan et en croissance, mais se paie une prime sur tous les multiples de prix. La qualité est réelle ; la question est de savoir combien de cette qualité, et de la croissance future, est déjà dans le cours. Les sections suivantes quantifient ce que l'investisseur achète aujourd'hui.
Multiples historiques
PER vs PER forward
Le PER historique est inexploitable avant FY2024 (pertes) ; à 33x (FY2024) puis 63x (FY2025, au cours de clôture), puis environ 100x au cours actuel sur le bénéfice trailing, il ne dit rien d'autre que ce qu'on sait déjà : le bénéfice est en train de rattraper le cours. La seule lecture utile est le PER forward, à environ 43x le bénéfice attendu FY2026, et environ 23x la cible FY2028. Autrement dit, le marché capitalise déjà la marge de 2028.
EV/EBITDA vs moyenne historique
L'EV/EBITDA raconte la même histoire : négatif en FY2023 (EBITDA négatif), il s'est re-raté vers 27x (clôture FY2025) puis environ 36x au cours actuel, très au-dessus de sa moyenne et de tout standard industriel. Sur l'EBITDA forward FY2026, il revient vers 21x : élevé, mais c'est la seule lecture cohérente.
FCF Yield vs taux sans risque
Le FCF Yield ressort à 2,9 % au cours actuel, à peine au-dessus du taux sans risque allemand (Bund 10 ans à 2,9 %), et encore ce FCF est-il dopé par les acomptes. La prime de risque offerte à l'investisseur est donc, en l'état, quasi nulle.
Discount Cash Flow
Le DCF mérite ici une nuance que les autres profils de la fiche n'exigent pas. Le bêta de Siemens Energy est élevé (1,77, régression 60 mois contre le DAX), ce qui porte le WACC à 9,9 %. Un WACC élevé borne la valeur terminale : le DCF est donc techniquement exploitable, contrairement aux profils à faible bêta où la valeur terminale explose. Mais le cash-flow de base est incertain (gonflé par les avances), ce qui en fait un complément, pas le pilote.
Paramètres du modèle :
| Paramètre | Valeur | Source / Note |
|---|---|---|
| Cash-flow libre normalisé (base) | environ 4 000 M€ | FCF FY2025 publié 4 157 M€ NORMALISÉ : il est dopé par les avances clients sur le carnet record (passifs de contrats +3,5 Md€). Le FCF pre-tax guidé FY2026 (~8 Md€) n'est pas un régime de croisière |
| WACC | 9,92 % | CAPM, bêta 1,767 (régression 60 mois vs DAX). Rf 2,86 % (Bund), ERP 4,23 % (Damodaran mature, CRP Allemagne 0 %), E/V 95 % (quasi pas de dette nette) |
| Croissance perpétuelle | 2,5 % | Croissance nominale long terme du marché électrique |
| Horizon de projection | 5 ans | FY2026 - FY2030 |
| Actions diluées | 883 M | FY2025. Stable depuis la fin des augmentations de capital de sauvetage |
| Trésorerie nette ajoutée | +4 013 M€ | Cash 9 162 - dette totale 5 149. Net cash : l'EV est INFÉRIEURE à la capitalisation |
| Part valeur terminale / EV | environ 73 % | Bêta ÉLEVÉ (1,77) -> WACC 9,9 % qui borne la VT : le DCF est EXPLOITABLE (≠ famille faible-bêta), mais le FCF de base est incertain |
La valeur terminale représente environ 73 % de l'EV : élevée mais pas explosive, ce qui rend le modèle lisible (le bêta élevé joue ici en faveur de la robustesse du DCF).
Scénarios :
| Scénario | CAGR FCF (5 ans) | Part VT / EV | Valeur par action |
|---|---|---|---|
| Conservateur | +6 %/an | 72 % | environ 77 € |
| Central | +9 %/an | 73 % | environ 87 € |
| Optimiste | +12 %/an | 74 % | environ 98 € |
Le scénario conservateur (+6 % de croissance du FCF normalisé) sort à environ 77 €, le central (+9 %) à environ 87 €, l'optimiste (+12 %) à environ 98 €. Pour justifier le cours actuel par le DCF, il faudrait soit un FCF normalisé bien supérieur à 4 Md€, soit une croissance pérenne très au-dessus de 2,5 % : c'est précisément le pari de la livraison parfaite de 2028.
Calculateur PER - Zone juste et points d'entrée
Paramètres communs
BPA normalisé projeté FY2030 : base centrale 7,10 € - PER central : 18x - Marge d'erreur : 26,5 % (bêta 1,767 × 15 %)
Le calculateur s'appuie sur le bénéfice normalisé que la montée en marge doit produire, pas sur le bénéfice trailing distordu. Le BPA de départ retenu est le bénéfice attendu FY2026 (environ 3,80 € par action attribuable), projeté jusqu'à FY2030 selon trois rythmes de croissance.
Les trois scénarios
| Paramètre | Conservateur | Central | Optimiste |
|---|---|---|---|
| Croissance BPA / an | +6 % | +9 % | +12 % |
| BPA normalisé projeté FY2030 | 5,85 € | 7,10 € | 8,35 € |
| PER cible normalisé | 16x | 18x | 20x |
| Prix cible (5 ans) | 94 € | 128 € | 167 € |
| Fourchette (MoE 26,5 %) | 69 - 119 € | 94 - 162 € | 123 - 211 € |
| Zone juste (r = 10 %, actualisée) | 58 € | 79 € | 104 € |
| Cours juin 2026 (163 €) | très au-dessus | au-dessus de la cible | au niveau de la cible |
Zone juste = prix auquel l'investisseur obtient le rendement exigé (10 %) sur 5 ans en achetant aujourd'hui et en revendant au prix cible. PER cible normalisé retenu (18x central) cohérent avec un industriel de qualité cyclique, sous la médiane sectorielle forward (25x), gonflée par GE Vernova et Vestas.
Scénario bear - croissance du BPA +6 %/an
Ce scénario suppose une montée en marge plus lente et un Siemens Gamesa qui peine à dépasser le break-even. BPA FY2030 de 5,85 €, PER cible 16x.
BPA projeté FY2030 : 5,85 € - Prix cible : 94 €
| Signal | Marge de sécurité | Zone juste (€) | Fourchette d'entrée (€) |
|---|---|---|---|
| Surveillance | 0 - 5 % | 58 € | 56 - 58 € |
| Premier intérêt | 10 - 12 % | 58 € | 51 - 52 € |
| Achat fort | 17 - 20 % | 58 € | 47 - 48 € |
Scénario central - croissance du BPA +9 %/an
Le scénario le plus honnête : la cible FY2028 (marge 14-16 %) est globalement livrée, puis la croissance normalise. BPA FY2030 de 7,10 €, PER cible 18x.
BPA projeté FY2030 : 7,10 € - Prix cible : 128 €
| Signal | Marge de sécurité | Zone juste (€) | Fourchette d'entrée (€) |
|---|---|---|---|
| Surveillance | 0 - 5 % | 79 € | 77 - 79 € |
| Premier intérêt | 10 - 12 % | 79 € | 70 - 71 € |
| Achat fort | 25 - 27 % | 79 € | 58 € |
Scénario bull - croissance du BPA +12 %/an
Grid Technologies maintient un rythme de 20 %+, Siemens Gamesa repasse nettement positif, et la marge dépasse la cible. BPA FY2030 de 8,35 €, PER cible 20x.
BPA projeté FY2030 : 8,35 € - Prix cible : 167 €
| Signal | Marge de sécurité | Zone juste (€) | Fourchette d'entrée (€) |
|---|---|---|---|
| Surveillance | 0 - 5 % | 104 € | 101 - 104 € |
| Premier intérêt | 12 - 14 % | 104 € | 90 - 91 € |
| Achat fort | 24 - 25 % | 104 € | 78 € |
Même le scénario optimiste (prix cible 167 €) ne fait qu'égaler le cours actuel (163 €) : cinq ans de montée en marge, dans l'hypothèse haute, ne dépassent pas le prix d'aujourd'hui à multiple normalisé. C'est le signal central de la fiche.
Somme des parties
La somme des parties est l'angle le plus parlant pour un conglomérat à quatre pôles de qualité très inégale. On valorise chaque pôle au multiple cohérent avec son profil, sur le résultat opérationnel avant exceptionnels FY2025.
| Pôle | Profit av. SI 2025 (M€) | Multiple | EV (Md€) |
|---|---|---|---|
| Grid Technologies (le joyau, +25 %) | 1 746 | 18x EBIT aj. | 31,4 |
| Gas Services | 1 569 | 11x EBIT aj. | 17,3 |
| Transformation of Industry | 626 | 10x EBIT aj. | 6,3 |
| Siemens Gamesa (option, déficit) | -1 359 | 0,6x ventes | 6,2 |
| Corporate / central | -227 | 10x | -2,3 |
| Valeur d'entreprise (EV) | environ 58,9 | ||
| plus trésorerie nette | +4,0 | ||
| moins minoritaires (au marché) | environ -0,5 | ||
| Capitaux propres (part du Groupe) | environ 62,4 | ||
| Par action (883 M actions) | environ 71 € |
Même en appliquant des multiples généreux (Grid à 18x le résultat opérationnel, soit une prime franche), la somme des parties ressort à environ 71 € par action : moins de la moitié du cours. Ce n'est pas une décote ignorée par le marché, c'est l'inverse d'Iberdrola dont la somme des parties confirmait aussi la prime. La valeur des actifs d'aujourd'hui ne justifie pas le cours ; seul le bilan de 2028, capitalisé par avance, le justifie.
Lecture croisée des méthodes
Au cours de rédaction (environ 163 €), les trois méthodes convergent de façon frappante, et toutes pointent vers le bas.
Le DCF central sort à environ 87 €, avec une valeur terminale de 73 % de l'EV (exploitable, sans piège faible-bêta). Le calculateur PER donne une zone juste centrale de 79 € à r=10 %, et un prix cible central à 5 ans de 128 €, sous le cours. La somme des parties ressort à environ 71 €. La valeur intrinsèque cluster donc autour de 75-90 €.
Le point analytique central
Les méthodes ne divergent pas : elles s'accordent sur une valeur intrinsèque d'environ la moitié du cours. Le cours de 163 € ne se justifie que si l'on capitalise dès aujourd'hui, à plein multiple, la cible de marge de FY2028 - c'est-à-dire si l'on suppose que la livraison sera parfaite et que le multiple ne se normalisera pas. C'est exactement le profil d'un titre payé pour la perfection : la qualité est réelle, le redressement est livré, mais le prix intègre déjà cinq ans d'exécution sans faute.
| Lecture | Valeur | Commentaire |
|---|---|---|
| DCF central (WACC 9,92 %, FCF normalisé) | environ 87 € | Exploitable (VT 73 % de l'EV, pas de piège faible-bêta), mais le FCF de base est incertain (gonflé par les avances clients) |
| Taux d'actualisation implicite du marché | sous 9,9 % | Le cours (163 €) suppose un FCF normalisé bien supérieur à 4 Md€ OU une croissance pérenne très au-dessus de 2,5 % : le marché price la montée en marge de 2028 |
| Convergence DCF / SOTP / PER | environ 75 - 90 € | Les trois méthodes pointent une valeur intrinsèque autour de 75-90 €, soit environ la MOITIÉ du cours. La prime tient à la livraison parfaite de la cible FY2028 |
En synthèse : au cours actuel, l'investisseur n'achète ni certitude ni décote, mais l'hypothèse que tout se passera bien jusqu'en 2028 et que le marché continuera de le payer cher. C'est un pari sur l'exécution et sur le maintien du multiple, pas sur une marge de sécurité.
Pourquoi Siemens Energy plutôt que GE Vernova
GE Vernova est le miroir américain quasi parfait : même spin-off récent, même triptyque réseaux + power + éolien, même pari sur le supercycle de l'électrification. Sur la valorisation, les deux sont dans la même stratosphère (PER forward et EV/EBITDA très élevés). La différence tient à l'avancement du redressement.
Rentabilité. Siemens Energy est plus avancé : marge et ROIC supérieurs, redressement plus mûr. GE Vernova a des marges encore comprimées, donc un potentiel de levier plus fort mais une exécution moins prouvée.
Solidité et croissance. GE Vernova croît plus vite (16 % contre 10 %) et part d'une base de marge plus basse. Les deux sont en trésorerie nette.
Ce qui différencie Siemens Energy. Son redressement est livré, pas en cours : ROIC supérieur au coût du capital, dividende rétabli, Grid Technologies déjà très rentable. En contrepartie, GE Vernova offre davantage de levier de marge si son exécution suit. C'est un arbitrage entre un turnaround abouti et un turnaround plus précoce, tous deux chers.
Pourquoi Siemens Energy plutôt que les acteurs voisins
Face à un compounder industriel de qualité comme Schneider Electric, Siemens Energy offre une croissance plus forte et un bilan en trésorerie nette, mais une cyclicité et un risque d'exécution (Siemens Gamesa) que Schneider n'a pas : Schneider est une mécanique de précision payée au prix de la perfection, Siemens Energy un turnaround cyclique payé au même prix.
Face aux clients de son carnet - les utilities comme Iberdrola ou Engie qui investissent dans les réseaux et la production -, Siemens Energy est le fournisseur d'équipements plutôt que l'exploitant : il vend les pelles et les pioches du même supercycle. C'est un pari sur le volume d'investissement du secteur, sans l'exposition réglementaire d'une utility ni la rente régulée, mais avec la cyclicité industrielle en plus.
Synthèse comparative. Siemens Energy est le pari le plus pur sur l'équipement du supercycle électrique, avec le redressement le plus abouti de son groupe de pairs. Mais cette qualité est intégralement payée, et le risque d'exécution résiduel (Siemens Gamesa) comme la dépendance au capex client en font un dossier où le prix d'entrée, plus que le business, est le point critique.
Mon analyse - ce que j'en fais
Je trouve le redressement de Siemens Energy remarquable, et je le dis sans réserve : passer de la quasi-faillite de 2023 à une trésorerie nette de 4 Md€, un ROIC de 15 % et un dividende rétabli, en deux ans, relève de l'exécution d'exception. Grid Technologies est un actif que j'aimerais détenir : un oligopole en croissance de 25 %, à marge en expansion, au cœur du supercycle des réseaux. Sur le fond, la thèse industrielle est solide.
Mais je ne confonds pas un bon business avec un bon investissement. Après +2400 % depuis ses plus-bas, le titre se paie 43 fois les bénéfices attendus, 36 fois l'EV/EBITDA, et offre un FCF Yield au niveau du Bund. Surtout, mes trois méthodes de valorisation convergent vers une valeur intrinsèque de 75 à 90 € - environ la moitié du cours - et même mon scénario optimiste (167 €) ne fait qu'égaler le prix d'aujourd'hui. Autrement dit, cinq ans de montée en marge, dans l'hypothèse haute, sont déjà dans le cours. C'est la définition d'un titre payé pour la perfection : non pas qu'il soit mauvais, mais qu'il n'offre aucune marge si l'exécution dérape ou si le multiple se normalise.
Concrètement, je ne détiens pas la valeur et je ne la chasse pas à ce niveau. Je la surveille, en attendant un point d'entrée très inférieur - que seul un de-rating du multiple, une déception de marché ou un accroc de Siemens Gamesa pourrait offrir. Ce que je ferais évoluer : une correction sévère qui ramènerait le titre vers sa valeur intrinsèque, ou au contraire une accélération de marge qui prouverait que la cible 2028 est dépassée et que ma normalisation était trop prudente.
Mon cours de référence au moment de la rédaction : ~163 € (juin 2026)
Note personnelle. Les niveaux de prix qui suivent sont les miens — ils reflètent ma propre analyse, ma situation patrimoniale, mon horizon de détention et ma tolérance au risque personnels. Ils ne constituent pas une recommandation d'achat ou de vente. Chaque investisseur doit conduire sa propre analyse avant toute décision.
Mon prix cible personnel (horizon 5 ans)
94 - 162 €
Méthode : BPA normalisé projeté FY2030 (central 7,10 €) × PER cible 18x = cible centrale 128 €, fourchette +/- MoE (bêta 1,767 × 15 % = 26,5 %). La cible centrale est sous le cours actuel.Mes niveaux de suivi personnels
Ces niveaux sont ceux auxquels j'envisagerais d'intervenir, en fonction de ma propre situation. Ils ne valent que pour moi, et pour une valeur que je ne détiens pas.
Le titre est étendu très au-dessus de toutes ses moyennes mobiles, et il existe un vide technique entre le support journalier à 109 € et le plancher profond à 48 € : ma valeur intrinsèque (75-90 €) tombe en plein dans ce trou d'air, sans support technique pour l'accompagner. C'est ce qui rend les niveaux d'entrée à la fois lointains et peu probables à court terme.
~109 € - Premier intérêt (à la baisse)
C'est le premier support technique journalier vérifié, proche de ma zone juste du scénario optimiste (104 €) et de la moyenne mobile 50 mensuelle (105 €). À ce niveau, je commencerais seulement à regarder : il représente encore une prime d'environ 25 % sur ma valeur centrale, mais c'est le premier prix où le technique et le haut de ma fourchette de valeur se rejoignent.
~79 € - Zone de valeur (à la baisse)
Ma zone juste centrale. C'est le prix auquel le titre offrirait un rendement de 10 % par an sur cinq ans dans mon scénario central. Le problème est qu'aucun support technique ne l'accompagne (plein trou d'air) : y arriver supposerait une correction sévère, de l'ordre de -50 %. C'est là que j'accumulerais vraiment, en acceptant l'absence de filet technique.
~48-58 € - Achat fort (correction majeure)
Le plancher profond à 48 € (la base d'avant le rallye) et la zone 58 € (ma zone juste du scénario conservateur) : à ce niveau, j'achèterais avec conviction un actif de qualité revenu sous sa valeur intrinsèque, même dans l'hypothèse d'une montée en marge décevante.
Mes niveaux d'allègement (refus de chasser)
N'étant pas en position, ces niveaux décrivent où je refuse d'entrer, et où j'allègerais si je détenais le titre. Je les couple au driver - la croissance du carnet et la trajectoire de marge -, pas au seul prix.
169-188 € - Là où je n'achète pas, et où j'allègerais (si je détenais)
Au-dessus de la résistance journalière (169 €) et vers le plus-haut historique (188-192 €), je refuse de chasser : le titre y intégrerait plus que la livraison parfaite de 2028. Si je détenais la position, j'allègerais dans cette zone, surtout si le book-to-bill commençait à fléchir ou si la montée en marge marquait le pas - c'est-à-dire si le driver se retournait pendant que le prix s'envolait.
Condition de sortie structurelle, au-delà du prix. Indépendamment du cours, trois signaux me feraient renoncer à la thèse : un book-to-bill durablement sous 1 sur deux trimestres consécutifs (le carnet cesse de grossir, le supercycle se retourne) ; une rechute de Siemens Gamesa dans les pertes structurelles (le break-even FY2026 est manqué et l'horizon repoussé) ; ou un accident d'exécution majeur sur un grand projet, écho de 2023, qui rappellerait que ce business reste un industriel de grands chantiers à prix ferme.
Ma marge de sécurité actuelle : négative, de l'ordre de -50 % par rapport à ma valeur intrinsèque centrale (environ 79 € contre un cours de 163 €). Le business est de grande qualité ; le prix ne laisse aucune marge. Je surveille, je n'achète pas.
Historique des mises à jour
- Juin 2026 - Création de la fiche (analyse ponctuelle). Données FY2025 (clos le 30/09/2025, résultats publiés le 13/11/2025), Q2 FY2026 (publié le 12/05/2026) et guidance FY2026/FY2028. Snapshot structurel FY2025 figé, valorisation ré-ancrée au cours spot de 163,46 € (25/06/2026, +35,8 % depuis la clôture FY2025). Carnet de commandes record de 154 Md€. Dividende de 0,70 € rétabli au titre de FY2025, le premier depuis quatre ans. Conviction : forte. Positionnement : surveillance (non détenue).
Ceci n'est pas un conseil en investissement. Cette analyse est produite à des fins éducatives et ne saurait constituer une recommandation d'achat ou de vente. Chaque investisseur est responsable de ses propres décisions.